The Strike Out Looking N° 5 – Continental League : la Super-League du Baseball

Ah tiens, les footeux nous sortent une super-league, ah bon!? Un plan machiavélique afin d’obtenir une meilleure répartition des droits pour les gros marchés (en fait, une histoire de gros sous) mais surtout un gros moyen de pression sur les instances en place… Ok, mais pour l’originalité, il va falloir repasser, mes cocos, cela a déjà été fait aux US, et plus particulièrement dans notre National Pastime adoré. Cela ne date pas d’hier, il faut remonter loin, assez loin (oui, je sais, je vous ai déjà fait le coup du voyage dans le temps: que voulez-vous, à mon âge, on ne se refait pas). Pour cela, il nous faut quelques ingrédients: un vrai méchant, des faux gentils, des figurants, de l’argent, du suspense, pas d’action et des personnages qui comptent… C’est parti pour l’aventure de la Continental League.

Vous avez vu le teasing? Pas mal hein? En revanche, pour le nom des méchants, faux gentils, figurants, etc. , je vous laisserai deviner tout ça après avoir lu l’article ;).

Notre histoire commença à la fin des années 50, une époque où les Yankees de New-York écrasaient la concurrence locale et nationale: six World Series en dix ans (1950, 1951, 1952, 1953, 1956 et 1958), au détriment notamment de leurs voisins les Dodgers de Brooklyn (deux titres quand même en 1955 et 1959) et les Giants de New-York (l’équipe de baseball, pas celle de football américain, un titre en 1954). Comme vous pouvez le constater, à part le titre de 1957 qui prit la direction de Milwaukee avec l’équipe des Braves (l’équipe de Hank Aaron), les World Series avaient un abonnement à New-York (comme les temps ont bien changé depuis, ha! ha! ha!). Sauf qu’à la fin de l’année 1957, deux franchises étaient parties à la conquête de l’ouest: les Giants et les Dodgers. Lassées de la domination des Yankees, et afin de toucher un nouveau public qui était demandeur de baseball, ces deux franchises partirent en Californie pour s’établir dans les villes de San Francisco pour les Giants, et Los Angeles pour les Dodgers.

Pour ne plus supporter les Yankees, il faut au moins aller a l’autre bout du pays (Crédit Joe Mahews)

A première vue, cela se passa bien. Enfin, pas tout à fait concernant les Giants, pour qui les soucis démarrèrent juste après le titre de 1954 (un sweep 4-0 contre les Indians de Cleveland). La saison suivante, ils finirent à la troisième place de la National League (classement assez décevant à 18 1/2 matchs du champion, les voisins Dodgers, et derrière les Braves de Milwaukee). Les spectateurs se faisant de plus en plus rare et le Polo Grounds de plus en plus vétuste, l’idée d’un déménagement hors de New-York émergeait dans la tête des dirigeants. Et pourquoi pas à Minneapolis? George Christopher, le maire de San Francisco, eut une meilleur idée. Les négociations débutèrent avec les dirigeants et la ville de SF… Et malgré les protestations des différents actionnaires minoritaires, le boss Horace Stoneham eut le dernier mot. Pendant ce temps, les Dodgers se mirent eux aussi à loucher sur les trésors cachés de la Californie. Walter O’Malley mettait déjà la pression sur les grands pontes New-Yorkais qui ne voulaient pas lui « donner » un nouvel espace afin de construire un nouveau stade. Quel plaisir alors d’entendre que les gens de la ville des Anges cherchaient une équipe de Majors, et ce dès 1956. Après les premiers échanges, les choses sérieuses commencèrent vraiment lorsque le maire de NYC, Robert F. Wagner Jr. paniqua à l’idée de perdre les Brooklyn Boys; la promesse d’un beau terrain dans le Queens qu’ils pourraient partager avec leurs copains les Giants ne fit pas peser la balance. « Merci, mais non merci, je veux un stade avec mes règles et dans Brooklyn. Pas possible? Alors merci, et sans rancune! »

Ses plages, ses montagnes, le soleil (finie la grisaille de la grosse pomme!) et ses dollars tout verts qui ne demandaient qu’à remplir les poches des propriétaires. Ah! ces Californiens, ils n’y vont pas par quatre chemins: venez Dodgers et Giants, vous ne serez pas déçus. Et donc, ce n’est pas une mais deux équipes new-yorkaises qui s’en allèrent à la conquête de l’ouest. En effet, les Dodgers ne pouvaient changer de ville qu’à la condition de trouver un compagnon de voyage afin de réduire les coûts de déplacements (raison évoquée pour essayer de les retenir). Et voila, bien joué les têtes pensantes, bravo: vous venez non seulement de faire partir deux franchises historiques de l’autre côté du pays mais surtout de laisser les Yankees, déjà ultra dominants, tout seuls dans la ville. Comme plan marketing, c’est un must digne des casquettes « Local Market » de 2021… Et on peut comprendre le choix de partir de l’autre côté car, en 1957, le baseball n’existait pas sur la West Coast: la franchise la plus au Sud était à Saint-Louis et la plus à l’Ouest se trouvait une centaine de kilomètres plus loin à Kansas City…

Bill Rigney: « tu vas voir Walter, ici on va prendre des couleurs. » Walter Ashton: « ahahah j’espère bien » (photo byRichard Meek/SI)

Mais pourquoi vous parlé-je de ces deux franchises qui sont parties chercher le soleil de l’autre côté des US? Attendez, vous allez voir, tout est lié. Il ne restait donc plus qu’une franchise à New-York. Quoi? Pas possible! Hors de question! Réunion de crise à la mairie de New York. Le départ des Dodgers provoquait tellement de mécontentement (en même temps je peux les comprendre, être obligé de supporter les Yankees…) qu’il fallut bien trouver une solution. Bon sang mais c’est bien sûr, on va créer une autre équipe. Oui mais non, la MLB ne voulait pas, une expansion n’était pas envisageable avant au moins cinq ans et ce n’était pas négociable. OK plan B: le maire Wagner (il ne devait pas être fan des Yankees…) décida de mettre en place un committee (ou un groupe de travail pour faire années 2020) afin de faire revenir la National League à New-York. Ce groupe chercha au plus simple: vous ne vouliez pas venir jouer au baseball à New York, tout en étant une équipe de National League si possible, puisqu’il y avait déjà une équipe de l’American League en ville? Entre six et huit équipes de National League furent approchées et refusèrent, parmi lesquelles les Pirates, les Reds ou encore les Phillies… Mince il fallait passer au plan C. A-t-on un plan C? On devait en trouver un, le mayor commençait à trouver le temps long et mettait la pression sur son groupe de travail. Et dans ce groupe, William Alfred Shea (car avant d’être le nom d’un stade, c’est avant tout un personnage important dans l’histoire du baseball) eut une idée, et pas n’importe laquelle…

La MLB ne voulait pas donner une nouvelle équipe à la ville de New-York. Et bien ok, on ferait sans eux. Il devait bien y avoir d’autre villes qui souhaitaient avoir leur équipe de baseball dans ce grand pays! Et si on créait une nouvelle ligue de baseball pour concurrencer ces vieux croutons de la National League et de l’American League?

Un club de cinq villes se composa rapidement: Denver, Houston, Minneapolis et st-Paul, New-York et Toronto. Pour être éligible à cette nouvelle ligue, il suffisait de ne pas avoir de franchise MLB dans sa ville (sauf pour New-York, mais New York c’est New York), de faire une demande officielle au bureau du président de la ligue, et enfin, de proposer un argumentaire expliquant pourquoi cette ville serait faite pour accueillir une équipe de baseball (en gros un CV et une lettre de motivation, nous n’avons rien inventé). Toutes les candidatures devaient arriver entre le 27 juillet et le 14 août. Le 27 juillet 1959 naquît donc officiellement la Continental League of Professional Baseball Clubs, ou, pour faire simple, The Continental League. Chaque équipe reçue participait au trésor de guerre en payant un droit d’entrée de 50 000 $, se constituait une trésorerie d’environ 2 500 000 $ (l’argent, le nerf de la guerre) et, bien sur, disposait d’un stade d’une capacité de 35 000 places.

Et qui de mieux qu’un grand nom de l’histoire du baseball pour être le président de cette nouvelle ligue? Je vous le donne en mille: Mr Branch Rickey himself (ancien GM des Brooklyn Dodgers, briseur de la barrière de couleur et propriétaire des Dodgers pendant un certain temps), tout droit débauché de sa retraite du côté de Pittsburgh (du poste de président), fut nommé président le 18 août. Durant le mois de décembre, Atlanta rejoignit la bande des cinq et ce fut au tour de la ville de Dallas, deux semaines plus tard d’entrer dans le gang, qui fut complété par Buffalo au début de l’année 1960. Tout était prêt pour faire revenir le baseball à New-York et donner à d’autres villes la possibilité d’avoir du baseball, sans avoir à supporter les règles de la National League et de l’American League…

Mais c’était avant le drame. Le sérieux du projet, les noms des dirigeants et surtout l’engouement des villes pour le baseball fit réfléchir le board de la MLB, et après plusieurs mois de tractations entre les différents partis, à la date du 18 juillet 1960, la National League trouva un accord pour une expansion à dix villes; les gagnants furent donc New-York et Houston.

Devant ce coup de force, sur les villes au départ de l’aventure, Buffalo, Denver et Toronto se retrouvèrent sur le carreau. Ces villes durent patienter encore quelques dizaines d’années avant de décrocher leurs sésames de franchise (1977 pour les Canadiens et 1993 pour les Montagnards, peut-être parce que le représentant de Denver avait trouvé le nom de la ligue?). Quant à la ville de Buffalo, elle n’y gagna rien, sinon une équipe de AAA et le fait d’accueillir les Blue Jays cinquante ans plus tard durant la pandémie. La Continental League fut dissoute le 2 août 1960, un peu plus d’un an après sa création.

William Shea avait gagné, il avait réussi à faire revenir le baseball à New-York en faisant plier les pantouflards de la National League, tandis que, pour l’American League, ce furent les Angels qui s’en allèrent du côté de Los Angeles pour essayer d’embêter les Dodgers, ces méchants chercheurs d’or partis de la ville qui ne dort jamais (sans succès, mais là je ne vous apprends rien) et la création des fameux jumeaux de st Paul et Minneapolis, les Minnesota Twins. Vrai coup de bluff de la part de Shea, ou véritable intention de venir embêter la MLB sur son territoire pour obtenir ce qu’il voulait au départ? En tout cas l’idée de mettre la pression sur les instances en place ne date pas d’aujourd’hui et la méthode de Shea fut beaucoup plus efficace que celle appliquée de nos jours par les grands argentiers du football. Pour la petite anecdote Shea ne s’arrêta pas là, car en plus d’une franchise de baseball, il fut également, de près ou de loin, associé à la naissance ou à la destinée d’autres équipes de sport de New-York (Nets, Jets, Islanders). Mais cela est une autre histoire…

Max CarGo

Pour en savoir plus la Naissance des Mets, conséquence directe de la création de la Continental League, retrouvez notre podcast En Toute Franchise consacré à la franchise du Queens


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