Interview Pete Fromm : « J’ai décidé que leur lien serait le baseball »

Après un article sur le baseball au cinéma, TSO continue son exploration de la culture baseball. Aujourd’hui, nous explorons la littérature autour du baseball en vous proposant une interview du romancier américain Pete Fromm, auteur d’un très beau roman où le baseball est un acteur central, Comment tout a commencé.

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Publié en France par les éditions Gallmeister en 2013, le roman de Pete Fromm, sorti en 2000 aux États-Unis, nous amène dans un coin désertique du Texas, à la découverte d’Abilene et de son jeune frère Austin. Le quotidien de ces deux prodiges du pitching tourne autour d’un rigoureux entraînement au lancer et va exploser à cause de la maladie d’Abilene. Le baseball est la scène principale où se déroule ce récit de l’intime, se prêtant merveilleusement bien à conter les épreuves que traverse cette famille perdue au milieu du désert texan.

Pour décrypter l’un des rares romans du baseball traduits en français, TSO est allé à la rencontre de son auteur.

Retrouvez ma critique détaillée du roman sur le site Écrire Le Sport

The Strike Out : Pour commencer, quel est votre rapport au baseball ? J’ai lu que vous y aviez joué en amateur et ce sport apparaît dans l’une des nouvelles de Chinook, en plus de Comment tout a commencé.

Pete Fromm : J’ai joué au baseball au lycée, et bien avant cela, je jouais constamment avec mes amis pendant mon enfance. N’importe quel après-midi après l’école, n’importe quel jour d’été, il suffisait de chercher un parc avec un terrain de baseball pour trouver un match auquel participer. Peut-être plus encore, je passais mon temps à lancer des choses : des balles, des cailloux, des boules de neige, tout ce qui me tombait sous la main. Je les envoyais dans les airs, je les frappais avec des bâtons. Dans ma tête, je jouais presque constamment au baseball, je lançais des matchs entiers face à un mur, j’apprenais la défense en rattrapant les balles qui revenaient vers moi.

The Strike Out : Pourquoi avoir choisi le baseball pour parler de cette famille qui doit faire face à la bipolarité ? L’une des rares références à la MLB concerne Nolan Ryan. Pourquoi avoir choisi cette légende plutôt qu’une autre ? [la deuxième question était initialement séparée, NDLR]

Pete Fromm : J’imagine que la réponse à cette question est indissociable de la réponse à la suivante. J’avais écris une nouvelle qui s’intitulait Comment tout a commencé (Ed. Babelio) au sujet d’une jeune femme un peu sauvage et de son jeune frère qui l’adorait. Cela se passait dans l’ouest du Texas, où j’avais travaillé un hiver, et cela impliquait une obsession à abattre des hirondelles (quelque chose que l’on m’avait demandé de faire dans mon travail) . Il n’y avait pas de baseball, et aucune mention d’un diagnostic, pas de bipolarité.

Une fois l’histoire terminée et publiée, ces frères et sœurs, Abilene et Austin, ne voulaient juste pas me laisser tranquille. Ils trainaient là, dans mon bureau, jour après jour et semaine après semaine. Je voulais juste en savoir plus sur eux, comment ils avaient atteint le point de leur vie décrit dans la nouvelle. Alors, finalement, j’ai décidé d’en écrire un peu plus au sujet de leurs vies.

Dans le même temps, notre premier fils était né, et nous l’avions prénommé Nolan, ce qui n’avait rien a voir avec Nolan Ryan, le joueur de baseball. Ma femme est d’origine irlandaise, et Nolan est un prénom irlandais qui signifie « noble ». Ce n’était pas un prénom courant à l’époque, et la seule personne à laquelle il faisait penser, pour la plupart des gens, était Nolan Ryan, qui était encore l’un des plus célèbres joueurs du pays, donc on nous demandait souvent si on l’avait nommé d’après Nolan Ryan. Ce n’était pas le cas, mais j’ai décidé de m’informer sur Nolan Ryan, juste pour voir ce que cela aurait pu signifier de nommer mon fils d’après lui. C’est comme ça que je suis tombé sur un livre pour jeunes adultes fans de sport qui s’intitulait Nolan Ryan, Fireballer.

J’avais déjà ces deux enfants qui grandissaient au milieu de nulle part, je savais qu’ils auraient des liens très forts, en opposition avec leurs parents, et j’ai décidé que leur lien serait le baseball, le Texas une terre accro aux sports, et Nolan Ryan l’un d’entre eux.

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Pete Fromm, ancien Ranger dans le Wyoming, garde toujours un œil sur l’équipe de son adolescence, les Milwaukee Brewers – crédit : éditions Gallmeister

The Strike Out : Le roman utilise les codes et valeurs traditionnelles du baseball comme la nostalgie, un « home sweet home » bucolique, la famille et la relation père-fils à travers le catch-ball. Mais vous semblez faire un incessant va-et-vient entre l’acceptation de ces valeurs et leur déconstruction (Abilene qui monopolise le catchball, les enfants qui s’opposent à la nostalgie de leurs parents et leur « home sweet home », le terrain vert du baseball devient un désert et une base militaire en ruine…). Est-ce, comme avec Philip Roth et Bernard Malamud, voulu pour questionner les mythes du « National Pastime » et de l’Amérique, ou est-ce l’histoire qui a amené cela naturellement ?

Pete Fromm : J’ai tendance à questionner les mythes à chaque fois que je me retrouve face à eux. J’ai passé sept mois seul dans les montagnes un hiver, attiré par les légendes des hommes des montagnes. Je voulais voir par moi-même ce qui était véritable et ce qui relevait de la mythologie. Les mythes d’un nid-douillet (« home sweet home »), l’énorme parfum de nostalgie qui enrobe le baseball n’étaient pas véritablement mes cibles pour ainsi dire, mais j’aime voir ces choses avec précision, débarrassées du mythe. Mais même là, c’est tout pour l’histoire, pour observer ces vies qui se déroulent. Tout le reste est un décor, mais un décor qui n’est pas vraiment décidé à rester dans l’arrière-plan.

The Strike Out : De votre point de vue de citoyen américain, et alors que la NFL est le sport roi et la NBA la ligue favorite des jeunes urbains, le baseball est-il toujours pertinent pour raconter l’Amérique aujourd’hui ou est-ce plutôt le témoin d’un passé, réel ou fantasmé, de l’Amérique ?

Je pense que n’importe lequel et tous peuvent encore être pertinents. Cela dépend uniquement de l’histoire et de la personne qui la raconte.

The Strike Out : Sexisme, armes à feu, climat, relégation sociale… votre livre a été écrit en 2000 mais reste terriblement pertinent en 2020. N’est-ce pas déprimant qu’il soit toujours d’actualité ou pensez-vous que l’Amérique a progressé sur certains de ces sujets ?

Pete Fromm : C’est triste que ces problèmes, et bien d’autres, continuent de hanter notre pays. Et, avec Trump, je crois que nous n’avons fait aucun progrès, nous avons empiré. Notre pays est un bazar tragique aujourd’hui, mais nous avons l’espoir de jours meilleurs pour faire changer les choses à partir de novembre [mois de l’élection présidentielle américaine, NDLR].

The Strike Out : Justement, pour finir, vous aimez raconter des histoires intimes autour de la mort, de la famille, des épreuves de la vie, en vous connectant aux problèmes sociaux qui affectent tout le monde. Comment voyez-vous les évènements actuels, où des drames personnels sont liés avec les vieux problèmes de la société américaine ?

Pete Fromm : Vous savez, je ne m’attaque jamais vraiment aux problèmes de société en tant que tels. Aujourd’hui, si vous écrivez sur une famille, il faut les placer quelque part dans le monde réel. Et pour moi, c’est le monde que je vois devant moi, pas un monde mythifié ou édulcoré. Les problèmes auxquels font face ces gens, qu’ils soient sociaux, environnementaux, sont ceux qui se présentent à chacun d’entre nous, cela fait partie du monde dans lequel ils vivent. Et les évènements actuels dans notre pays, avec l’énorme et dangereuse erreur que fut l’accès au pouvoir de Trump, sont toujours plus effrayants.

Merci à Pete Fromm d’avoir répondu à nos questions.


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