Daniel Nelson : « Mes huit années de ligues mineures aux côtés de Pujols, Espinosa, Goldschmidt… »

« Notre but est d’être All-Star ou MVP, le meilleur batteur ou le meilleur lanceur mais le plus souvent vous êtes le joueur qui sera désigné plus tard, tout le monde n’est pas une star », ce mot de Chris Davis résume bien des carrières d’une quantité infinie de baseballeurs. Certains ont vu leurs espoirs brisés par une blessure malheureuse ou un écart de conduite, d’autres sont restés bloqués en ligue mineure à quelques encablures de la MLB, sans jamais réussir à se faire nom dans le monde du baseball. Daniel « Dan » Nelson est l’un de ces derniers. (Version Anglaise)

De 2004 à 2012 il a connu quatre franchises différentes, tous les échelons des ligues mineures et même une apparition en « spring training » avec les Braves, mais la MLB ne sera resté qu’un doux songe pour lui. Depuis sa retraite, Dan Nelson a mis ses connaissances et son expérience au service des autres: il a créé une école de baseball, distille via son compte Facebook des conseils et effectue des tutoriels pour renseigner tous les passionnés.

Nous vous proposons aujourd’hui de partir à la découverte de ce baseballeur confirmé, de cet homme passionné, d’un instructeur à la philosophie de jeu affirmée.

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Eléments biographiques et statistiques de Daniel Nelson

  • Né en 1984 à Los Angeles
  • A évolué en 2ème, 3ème base et shortstop
  • Drafté au 13ème tour en 2004 par les Saint Louis Cardinals
  • De 2004 à juillet 2008 : STL (du niveau Rookie à A+)
  • De juillet 2008 à août 2008 : Miami Marlins (A+)
  • De 2009 à mai 2010 : Washington Nationals (Niveau A+, AA et A+)
  • De mai 2010 à août 2011 : Atlanta Braves (du niveau A+ jusqu’à la Triple A), incluant une apparition lors du spring training 2011 avec les Braves contre les Twins
  • De juillet 2012 à septembre 2012 : El Paso Diablos (Ligue indépendante)

Ses statistiques en carrières (8 saisons)

  • 689 matchs
  • 626 hits
  • 35 HRs
  • 303 RBIs
  • .263 BA
  • .353 OBP
  • .373 SLG

La carrière de Daniel Nelson

The Strike Out : Tout d’abord merci d’avoir accepté cette interview, c’est un privilège pour nous de pouvoir échanger quelques mots avec vous. 

Daniel Nelson : Il n’y a pas de quoi. Je suis excité à l’idée d’avoir cet entretien. J’apprécie le temps que vous m’accordez.

T.S.O : Vous avez passé huit ans dans les ligues mineures avec quatre organisations différentes, du plus bas au plus haut niveau de cette « MiLB » [Minor League Baseball, NDLR]. Vous avez aussi pu faire une apparition lors du « spring training » 2011 avec les Braves. Êtes-vous tout de même frustré de n’avoir jamais eu votre chance en MLB ?

D.N : Je n’ai jamais eu aucun sentiment de frustration vis à vis de cela. Mon seul regret, si je puis dire, c’est d’avoir fait certains ajustements un peu trop tard dans ma vie. Si je les avais fait avant, peut-être que ma carrière aurait été un peu différente. Mais il est clair que j’ai toujours, même dans les mauvais moments, vécu avec l’espoir de jouer en MLB. C’est un rêve que j’ai eu à trois ans et il ne m’a jamais quitté.

« Comment j’ai fait prendre à ma carrière un nouveau tournant »

T.S.O : Dans une récente interview donnée à Fox Sports, vous parliez de « choses « que vous avez du « éliminer » en 2010 pour vous retrouver. De quoi était-il question ?

D.N : Ces choses sont l’influence des autres et le fait de suivre leurs pas au lieu de poser les miens. Je me suis intégré à un groupe de joueurs qui passaient leur temps à s’amuser au lieu d’être sérieux à propos de leur boulot. Les joueurs qui n’étaient pas comme nous, nous les jugions, nous les trouvions trop sérieux. Pourtant, ce sont eux qui, bien entendu, ont vite grimpé les échelons au sein de l’organisation. J’étais clairement sur la mauvaise route et c’est seulement après mon deuxième licenciement que j’ai commencé à me remettre en question.

T.S.O : Donc, pourriez-vous dire que votre carrière a pris un nouveau tournant en 2010 ?

D.N : 2010 a été une année assez instable avec quelques hauts mais beaucoup de bas tôt dans l’année. J’ai commencé la saison en AA pour les Senators Nationals et on ne m’a jamais fait jouer. Alors on m’a envoyé en High A avec les Potomac Nats. C’est à ce moment là que j’ai commencé à me poser des questions profondes sur moi-même, je voulais grandir et cesser de stagner. Je ne pouvais pas me satisfaire de cette situation. Alors j’ai radicalement changé, j’ai arrêté de faire « le Monsieur Je-sais-tout » et je me suis mis au travail. C’est alors que j’ai signé chez les Braves et la tendance s’est inversée. J’ai débuté en High A puis j’ai gravi les échelons jusqu’en AAA. L’année suivante j’ai eu la possibilité de jouer à Turner Field où j’ai pu faire ce diving catch lors du « spring training ».

           30/03/2011 : Nelson réalise un excellent « diving catch’ lors du spring training 2011 contre les Twins

« Licencié après un match où j’ai frappé un homerun décisif »

T.S.O : Qu’avez vous appris sur vous en ligues mineures ? 

D.N : J’ai compris que ce n’était la faute de personne mais la mienne si je n’étais pas prêt pour le match. Une fois que j’ai commencé à réfléchir de cette façon, ma déontologie s’est améliorée. Les longs voyages en bus que nous faisions aident aussi à prendre du recul sur les choses de la vie.

T.S.O : Quels sont les avantages et inconvénients des ligues mineures ?

D.N : L’avantage principal, en ligues mineures, c’est l’opportunité de rencontrer des personnes venant d’horizons différents et de créer des liens avec eux. Je me souviens de la première fois que j’ai rencontré un joueur dominicain. Nous étions tous les deux très confus sur la langue que nous devions parler pour échanger. C’était très drôle et nous sommes toujours amis aujourd’hui.

En revanche, côté inconvénients, vous devez être prêts à passer d’un échelon à l’autre de l’organisation, ou même à être licencié, du jour au lendemain. C’est un peu déstabilisant pour certains joueurs.

T.S.O : Comment décrieriez-vous  la vie et l’atmosphère dans les ligues mineures ?

D.N : La MiLB est un véritable broyeur et si vous faites des erreurs, vous pouvez être viré à tout moment. Personnellement, j’ai été licencié après un match où j’avais frappé le homerun décisif. Sans blague ! Juste après la fin de la partie ! (rires).

16118637_10154968887204570_199035244_n                                Daniel Nelson avec l’uniforme des Gwinnett Braves (AAA)

T.S.O : Avec le recul, comment évalueriez-vous votre carrière ?

D.N : Je dirais qu’elle est assez inaboutie car j’aurais aimé rester plus longtemps dans le circuit professionnel. Au-delà de ça, ces moments à la fois pénibles et excitants que j’ai connu ont fait de moi une personne plus résiliente et je suis devenu un homme bien plus coriace grâce à ma carrière.

T.S.O : Qu’est ce que le baseball vous a apporté ? 

D.N : Ce sport a ajouté une dimension excitante à ma vie. J’ai savouré chaque seconde et minute de nos déplacements pour nous rendre aux matchs. Le baseball m’a vraiment donné une nouvelle perspective de vie. J’ai appris à devenir résilient et compétiteur.

« Albert Pujols est une excellente personne qui n’hésite pas à parler avec les joueurs de ligues mineures »

T.S.OIl est évident que toutes ces années passées en ligues mineures vont ont permis de rencontrer des stars de la MLB. Avez-vous des anecdotes à ce sujet ? 

D.N : Je me souviens du premier match que j’ai joué contre Jayson Heyward. Tout le monde parlait de lui et je n’avais aucune idée de son talent. Eh bien, je m’en suis vite rendu compte ! Il a frappé deux doubles et avait une incroyable vitesse. A l’époque, je jouais en deuxième base et Danny Espinosa était shortstop. Heyward a une grande intelligence du jeu et c’est une très bonne personne.

Lorsque j’étais en AA chez les Cardinals, j’ai eu l’occasion de jouer contre l’équipe MLB de Saint Louis. A cette époque-là, il y avait un certain Albert Pujols dans notre organisation. Je ne peux rien dire hormis le fait que j’ai été ébahi par son talent. Lors de ce match, il a frappé un HR sur un lancer de Jaime Garcia et les fans qui étaient là l’ont chaudement applaudi. Même moi, j’étais excité alors que je jouais contre lui. Je suis un grand fan d’Albert, d’autant que c’est une excellente personne qui n’hésite pas à parler aux joueurs de ligues mineures. Cela avait beaucoup de sens pour moi.

Enfin, je pourrais aussi parler de Paul Goldschmidt. Je n’oublierai jamais le match que j’ai joué contre lui. A cette époque il n’était encore qu’en ligues mineures mais tout le monde en parlait comme un futur All-Star MLB. Là encore, je n’ai pas mis longtemps à comprendre pourquoi. Je jouais en deuxième base et il a frappé une balle à l’opposé qui semblait être au premier abord un « fly-out ». En fait la balle a atterri 20 mètre derrière la clôture. Je me souviens d’être resté statique pendant un moment alors qu’il courait autour des bases. C’est un immense joueur !

T.S.O : Enfin, avez vous une opinion sur la volonté de la MLB de rendre le baseball moins brutal et plus rapide (avec la réduction des temps-morts superflus) ? 

Je crois que le baseball doit rester un sport de contact, particulièrement en deuxième base, parce que c’est plus excitant pour les fans lors des matchs entre équipes rivales. Il est clair que parfois le jeu devient vraiment très lent et il faudrait instaurer une notion de temps pour accélérer un peu tout ça. Comme en ligues mineures, où les lanceurs ont un temps défini pour effectuer leurs lancers. En revanche, je pense que dès que les playoffs commencent, tous les joueurs doivent disposer du temps qu’ils veulent pour récupérer au milieu d’un at-bat.

La vie après le baseball 

T.S.O : Après votre retraite, vous êtes devenu entraîneur auprès des jeunes, propriétaire d’un école de baseball et vous faites aussi beaucoup de tutoriels gratuitement sur Internet via votre compte Facebook. C’est une fantastique démarche. Comment avez-vous ressenti ce besoin de partager vos connaissances auprès des jeunes ? 

D.N : J’ai grandi avec ma famille dans le centre ville de Los Angeles, où il n’y avait pas de cours disponibles à un prix raisonnable. Mon père et mon frère ont toujours été mes meilleurs entraîneurs. Le premier m’a appris à être un homme sur le terrain et le second m’a enseigné les techniques qu’il avait emmagasiné lors de son parcours scolaire. Mais il manquait un encadrement professionnel. Alors, j’ai crée sur Facebook une page appelée « Valley Training » (en référence au nom de mon école : West Valley Training)  où je réponds aux questions que l’on me pose mais où je fais aussi des tutoriels gratuitement pour tous ceux qui veulent s’améliorer.

« J’ai crée une culture où l’échec est accepté et attendu »

T.S.O : Quel est le but de ces démarches ? 

D.N : Mon but est d’entraîner et d’aider un maximum de joueurs à se développer. Il s’agit aussi de créer des opportunités pour que ces baseballeurs puissent passer un palier. Ma passion pour la progression des joueurs dépasse le simple cadre de ma communauté. J’aime aider ceux qui en demandent toujours plus.

T.S.O : Au-delà de l’approche technique, existe t-il une dimension mentale dans vos enseignements ? 

D.N : Mentalement, ce que je peux conseiller aux jeunes joueurs, c’est de rester à l’écoute car la connaissance peut émaner de quelqu’un dont vous ne soupçonneriez pas les ressources. En 2010, j’ai appris, grâce à un hitting coach très critiqué, à transférer différemment mon poids au niveau de mon swing, ce qui m’a permis de frapper davantage de homeruns et de doubles.

 

                        Un tutoriel donné par Daniel Nelson pour améliorer l’approche des batteurs sur le marbre 

T.S.O : Quelle philosophie de jeu essayez vous de transmettre aux jeunes joueurs ?

D.N : Bonne question ! Je crée un environnement où l’échec est accepté et attendu, afin qu’ils puissent jouer librement. Si un gosse reçoit de la pression de son coach, alors, dès que la situation deviendra complexe lors d’une partie, il aura tendance à s’éteindre.

T.S.O : Vos activités ne s’arrêtent pas là, puisque vous êtes aussi un spécialiste du recrutement pour les baseballeurs qui veulent entrer à l’Université, ainsi que le coach principal pour une école préparatoire du niveau lycée, nommée « Odyssey Institute for Advanced and International Studies ». Pouvez-vous nous expliquer en quoi consistent ces missions ? 

D.N : En tant que recruteur spécialisé, mon but est de permettre aux étudiants désireux de rentrer à l’Université de recevoir une bourse au regard de leur performance sportive. Ils nous envoient leur vidéo, créent un profil sur notre site, et notre équipe de recruteurs les évalue et envoie leurs fiches à destination des principales facs.

Mon poste au sein de l’Odyssey Institute à Buckeye en Arizona est une vraie chance ! Je suis le coach principal de cette équipe et cette dernière n’a cessé de grandir grâce à la philosophie de l’école. Créer une culture d’échec est notre mission. Un étudiant a besoin de comprendre qu’il peut échouer, ça fait partie de la vie. Il doit simplement continuer d’essayer à réussir. Nous avons un programme d’échange international et j’ai entraîné mon premier étudiant étranger l’an passé. Un espagnol. C’était super !

T.S.O : Avez vous eu à la fin de votre carrière des propositions pour rester en ligues mineures mais en tant que coach ?

D.N : Non. J’ai d’ailleurs postulé l’an passé pour trouver un poste mais ils ont choisi un autre candidat. Je poursuis mes recherches.

T.S.O : Quel conseil principal donneriez-vous principalement à un joueur ?

D.N : Si vous vous définissez un plan de carrière, que vous avez conçu un projet personnel pour votre évolution dans le monde du baseball, vous allez faire des erreurs. Il y aura des ratures, des papiers déchirés, de la frustration et du stress. Il faut bosser, bosser et bosser encore. Quand vous regardez les meilleurs joueurs, ils bossent à fond, s’impliquent dans tout ce qu’il font. Leur force principale, c’est d’être des champions en terme de résilience, et c’est la clé du succès.

Toute notre équipe tient à remercier chaleureusement Daniel Nelson pour le temps qu’il nous a accordé et sa gentillesse. 

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Une réflexion sur “Daniel Nelson : « Mes huit années de ligues mineures aux côtés de Pujols, Espinosa, Goldschmidt… »

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