Preview 2026 : Athletics – Un chantier prometteur

Ca y’est l’hibernation est terminée ! Après avoir passé l’hiver au coin du feu, il temps de partir au charbon. Et si pour nous sortir de notre torpeur saisonnière, la World Baseball Classic va servir de brise glace, la saison 2026 de MLB sera là pour nous envelopper de sa douce chaleur jusqu’à début novembre. Et pour appréhender au mieux ce nouvel exercice de la crème de la crème du baseball, TSO passe en mode cuistot pour vous servir son plat signature des « 30 franchises en 30 jours ». Chaque jour et – vous l’aurez compris – pendant 30 jours, une équipe sera décortiquée par notre rédaction. On s’intéresse aujourd’hui au cas des Athletics, toujours pas à Vegas (enfin pas pour toute l’année) mais sur la bonne voie du rebuild.

2025 est la première saison hors Oakland en 57 ans. Dans leur maison transitoire à Sacramento, les A’s espère créer un nouvel engouement pour une équipe (enfin surtout un propriétaire) qui a quitté la Bay Area avec fracas. Dès avril, Nick Kurtz envoie son premier missile dans le champ droit du Sutter Health Park. Il en frappera 36 au total, avec un OPS de 1.002, devenant le visage d’une attaque jeune et décomplexée, et remportant le titre de Rookie de l’année en American League. Autour de lui, Brent Rooker continue d’être la valeur sûre (30 HR, .814 OPS), Tyler Soderstrom s’installe comme un vrai batteur de milieu de lineup (25 HR, 93 RBI), et Jacob Wilson frappe au-dessus de .300 toute la saison.

Butler, Wilson et Rooker, brelan d’A’s ©mlb.com

Mais pendant que l’attaque s’installe, la rotation montre déjà ses limites. JP Sears, pourtant le plus fiable du groupe, termine avec une ERA de 4.71 en 168 manches, trop souvent exposé. Joey Estes alterne les bonnes sorties et les soirées trop courtes (5.43 ERA), et Mitch Spence reste dans une zone similaire (4.98 ERA). Dès avril, les A’s comprennent que pour gagner, il faudra marquer beaucoup.

Début juin, l’équipe vit sa meilleure séquence offensive : cinq matchs consécutifs à plus de sept points, quarante-deux runs en cinq jours. Rooker frappe trois home runs, Soderstrom produit dix points, Wilson aligne les hits, et Shea Langeliers, qui terminera avec 31 HR, envoie quatre balles dans les gradins en moins d’une semaine. Mais derrière, le pitching s’effondre. Sur juin-juillet, la rotation affiche une ERA de 5.62, les adversaires frappent .271, et le bullpen explose : 12 blown saves en deux mois. Hogan Harris (3.48 ERA) et Osvaldo Bido (3.62 ERA) sont les seules éclaircies, mais trop isolées pour stabiliser l’ensemble.

Le 31 juillet, alors que les A’s sont derniers de l’AL West, la franchise prend une décision dans la droite lignée des décisions des A’s ces dernières saisons : Mason Miller est envoyé aux Padres. En échange, Oakland reçoit Leo De Vries, l’un des meilleurs prospects du baseball, ainsi que trois autres jeunes joueurs.

Le genre d’échange qu’on ne voit que dans les jeux vidéos – Crédit FOX

De nouveau, on essaie de maximiser l’éclosion d’un talent maison en essayant d’obtenir des prospects de valeur. C’est un pari. Un pari sur l’avenir, sur un talent générationnel à développer, sur une fenêtre de compétitivité qui s’ouvre peut‑être dès 2026, ou en tout lors de l’arrivée dans la nouvelle enceinte à Vegas. Mais à court terme, c’est un coup dur. Miller était le seul reliever capable de fermer les matchs avec autorité. Sans lui, le bullpen perd son ancre, et les fins de match deviennent encore plus instables.

Dans les semaines qui précèdent le 31 juillet, plusieurs joueurs en fin de contrat sont échangés : Luis Urías, Sean Newcomb, Gio Urshela, Miguel Andújar, José Leclerc. Les retours sont modestes, souvent des joueurs de profondeur ou des considérations financières, mais ces départs allègent le roster et ouvrent du temps de jeu aux jeunes. Urías, en particulier, quitte l’équipe après une première moitié de saison décevante (.230 AVG), symbole d’un milieu d’infield en transition.

Août est brutal. L’attaque ralentit légèrement, les seconds couteaux s’effondrent (Bleday .212, Muncy .214), et le pitching traverse sa pire période. La fameuse semaine noire du bullpen — trois matchs perdus après la septième manche, douze runs concédés, ERA de 7.45 — devient le symbole d’un staff qui n’arrive plus à tenir sans Miller. Sur tout le mois, les starters affichent une ERA de 5.81, le bullpen une ERA de 5.12, et les A’s concèdent 36 home runs. C’est trop pour espérer rester dans la course.

Rappelez-vous de la légende de la photo de Severino sur la preview de l’année dernière. Prophétie. ©Sacramento Bees

La fin de saison est plus propre. Rooker frappe .290 en septembre, Kurtz ajoute cinq home runs, Wilson continue de frapper au-dessus de .300, et le pitching se stabilise un peu (ERA collective de 4.32). Le 27 septembre, contre Kansas City, l’équipe arrache une victoire 4–3 dans un match où tout fonctionne enfin : home run de Langeliers, bullpen solide, starters efficaces. Mais le mal est fait. Les A’s terminent à 76–86, avec 733 runs marqués — cinquième total MLB — mais 817 concédés, l’un des pires bilans de la ligue.

La saison 2025 se résume en une « good news, bad news situation » :

  • Celle d’une attaque jeune, puissante, excitante, capable de frapper comme une équipe de playoffs.
  • Et celle d’un pitching trop fragile, trop irrégulier, trop exposé pour suivre le rythme.

Mais elle raconte aussi un choix : celui de sacrifier un closer élite pour obtenir un talent générationnel en Leo De Vries. Son développement, combiné avec la prise d’expérience des jeunes loups de l’attaque, peut changer le visage de la franchise dans les saisons à venir.

Et bien de bonnes choses. Tout d’abord, le noyau dur de l’équipe est là pour durer. Contrairement aux éternels A’s en reconstruction, les pépites de l’alignement sont sous contrat pour de nombreuses saisons. Soderstrom, Rooker, Butler et Wilson sont signés sur le long terme, en attendant la prolongation du prodige Nick Kurtz. Ce qui laisse la place au manager, Mark Kotsay, de travailler sur le moyen-long terme.

Du coup, quels sont les mouvements de personnels qui vont pouvoir permettre aux A’s de passer l’épaule et se qualifier via les Wild Cards ? Les performances moyenne de Zach Gelof ont poussé le GM David Forst à sortir de sa zone de confort et aller chercher le vétéran Jeff McNeil dans un échange contre un minor leaguer (Yordan Rodriguez) et du cash. Le versatilité et l’expérience de McNeil vont permettre de sécuriser la seconde base et solidifier l’infield défensivement, notamment lors des présences des pitchers produisant des ground balls (Severino, Spring,…). Gelof aura la chance de pouvoir se tester dans le champ gauche, laissé libre par le départ de JJ Bleday après sa fin de saison 2025 catastrophique (rétrogradation en AAA).

The Squirrel atterrit à Sacramento, pas du tout foutu dehors par les Mets… – Crédit SNY

Mais le pitching dans tout cela ? Le gros point noir de la saison dernière risque de revenir hanter les A’s cette saison. En haut de la rotation, Luis Severino et Jeffrey Spring sont de retour. Severino a clairement exprimé (et montré dans ses stats) combien il n’aime pas lancer à Sacramento. Spring, lui, n’est plus le lanceur de haut de rotation qu’il était. Pour ancrer tout cela, le vétéran Aaron Civale a été signé en fin de saison morte. Civale (qui a connu 7 équipes les 3 dernières saisons) est une solution transitoire.

Les jeunes pousses du pitching commencent à se montrer derrière les vétérans. Luis Morales a montré de vrais signes de potentiel starter la saison dernière (48 IP, 3.14 ERA, et des votes pour le ROY). Les tops prospects Gage JumpJamie Arnold et  Wei-En Lin devraient se disputer la dernière place dans la rotation à Jacob Lopez toujours en convalescence après sa blessure de l’avant bras ayant écourtée sa saison rookie.

Et pour finir, qu’en est-il du bullpen orphelin de Mason Miller et en total déconfiture lors de la seconde partie de 2025 ? Ce n’est apparemment pas un souci urgent pour les A’s, n’ayant signé que 2 vétérans (Scott Barlow et Mark Leiter Jr).

Barlow, associé à McNeil, sont-ils les nouveaux TIc & Tac ? ©espn

Barlow devrait être le closer en début de saison, au regard de son vécu à ce poste (59 saves en 8 saisons). Mais l’expérience du closer by committee mené la saison dernière peut très bien être reconduite.

Derrière tout ce beau monde, se profile le prospect #4 de la ligue, Leo De Vries, obtenu des Padres dans l’échange pour Mason Miller. Le très jeune (19 ans) shortstop devrait goûter à la grande ligue, mais sûrement en fin de saison, et probablement au deuxième coussin, ou dans l’outfield.

Nick Kurtz n’a jamais vraiment eu besoin de hausser la voix pour qu’on le remarque. Du haut de son 1.98m, le premier but originaire de Pennsylvanie impose naturellement sa présence. Mais ce qui frappe le plus, ce n’est pas sa stature : c’est la maîtrise tranquille avec laquelle il aborde chaque at-bat, comme un vieux routier des Majors, alors qu’il n’a que 22 ans.

À Wake Forest, où il a passé trois saisons, Kurtz a laissé une empreinte statistique difficile à ignorer. Il y a frappé .333, compilé 61 home runs, 182 RBI et un OPS de 1.235 en 164 matchs. Il y a aussi réécrit une partie du livre des records : 189 walks en carrière, un record dans l’histoire du programme, dont 78 en une seule saison, un autre record.

A la fac, on expérimente, on teste des trucs… ©Wake Forest Athletics

Drafté en 2024 par les Oakland Athletics, 4e choix au total, il n’a pas tardé à justifier les attentes. Moins d’un an plus tard, il faisait ses débuts en MLB, avant de signer une saison recrue impressionnante : .290, 36 home runs, 86 RBI et un OPS de 1.002 en 117 matchs. De quoi être élu Rookie of the Year dans la Ligue américaine. Une ascension rapide, mais jamais précipitée, fidèle à son style.

Sur le terrain, Kurtz joue avec une forme de sérénité qui contraste avec la violence contrôlée de son swing. Il ne chasse pas les lancers hors de la zone, il les laisse passer. Il ne s’énerve pas après un strike, il ajuste. Cette combinaison de puissance et de discipline rappelle pourquoi certains observateurs n’hésitent pas à évoquer des comparaisons flatteuses. Mais lui ne s’en soucie guère. Il avance, un at-bat à la fois.

En dehors du jeu, il reste d’une simplicité presque déconcertante. Pas de déclarations tonitruantes, pas de posture. Ceux qui l’ont côtoyé à Wake Forest ou à Oakland décrivent un joueur studieux, constant, toujours en quête d’un détail à améliorer. Un coéquipier fiable, un travailleur méthodique, quelqu’un qui préfère laisser les chiffres — et ils sont nombreux — parler pour lui.

Le baseball, c’est avant du FUN ! © fangraph

Aujourd’hui, Nick Kurtz incarne ce mélange rare de maturité et de potentiel brut. Il n’est pas seulement un jeune slugger prometteur : il est déjà un joueur qui structure une ligne offensive, un frappeur que les lanceurs respectent et que les équipes adverses surveillent. Et si son parcours continue sur cette trajectoire, il pourrait bien devenir l’un de ces joueurs dont on se souvient longtemps, non pas pour un moment précis, mais pour l’ensemble d’une carrière construite avec patience, puissance et constance. Un joueur avec le potentiel de frapper 50 homeruns en 2026…

À seulement 19 ans, Leo De Vries s’impose déjà comme l’un des prospects les plus intrigants de 2026 (il était déjà notre joueur à suivre dans la preview 2025 des Padres). Signé pour 4,2 millions de dollars en 2024, le jeune shortstop dominicain a rapidement justifié son statut de n°1 des prospects internationaux de sa classe. Son transfert à Oakland, dans l’échange envoyant Mason Miller à San Diego, a confirmé la haute valeur que les organisations lui accordent.

Athlétique (ça tombe bien aujourd’hui!), switch-hitter, doté d’un bras solide et d’un sens du jeu précoce, De Vries a gravi les échelons des ligues mineures avec une aisance rare. En 2025, il a compilé .257, 15 HR, 74 RBI et un OPS de .810, des chiffres impressionnants pour un joueur encore adolescent. Son passage de rookie ball en Double-A a renforcé l’impression d’un talent en accélération constante.

Ce qui frappe chez lui, c’est la façon dont il absorbe la difficulté. À chaque promotion, il commence prudemment, puis ajuste, corrige, accélère. Les entraîneurs parlent d’un joueur « qui apprend plus vite que les autres », capable de modifier son plan de jeu d’un match à l’autre. Cette capacité d’adaptation, rare à cet âge, explique en grande partie pourquoi il a déjà gagné la confiance d’une organisation en reconstruction.

© baseball america

Son profil correspond parfaitement à ce que recherchent les Athletics : un shortstop moderne, capable de contribuer dans toutes les phases du jeu et de devenir, à terme, un point d’ancrage dans le haut de l’alignement. Son approche au marbre, encore perfectible, montre déjà une maturité encourageante, et sa puissance naturelle laisse entrevoir un plafond nettement supérieur à celui d’un simple joueur de contact. Les âmes chagrines lui prédisent un avenir qui ne sera pas en tant que shortstop, son allonge de bras en phase défensive étant encore perfectible.

Classé aujourd’hui 4e meilleur prospect du baseball et n°1 chez les Athletics, De Vries est devenu plus qu’un prospect pour les A’s : une possible pierre angulaire et un visage pour la future installation à Las Vegas. Et pour le baseball, un nom qu’on risque d’entendre longtemps.

85 victoires – 77 défaites, qualification pour les Wild Card Series.

Les Athletics joueront 6 matchs à Las Vegas courant juin, dans le stade de leur affilié, les Las Vegas Aviators. Ce ne sera pas la première fois que les A’s joueront à Vegas. En effet, lors des travaux de rénovation du Coliseum en 1996 (pour boucher la vue sur la baie derrière l’outfield par l’énorme tribune inutile), les Athletics sont venu disputer les 6 premiers matchs de la saison dans le stade de l’équipe ferme des Padres.

© whitecleatbeat.com

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