Preview 2025 : Oakland Athletics – On the Road Again…

A's

Le crissement de la terre sous les crampons, le bruit de la batte sur une balle, les gants qui chauffent à la réception de lancers à 99mph. On peut enfin le dire, BASEBALL IS BACK. Et oui, on y est, après une longue hibernation, on va pouvoir se délecter du retour de nos héros favoris. Le Spring Training bat son plein, et c’est dès maintenant que la saison se construit pour les 30 franchises. Cohésion d’équipe, rookies qui se battent pour découvrir la MLB et vétérans qui souhaitent prouver qu’ils ont encore une place. Les 26 places de l’effectif vont être ardemment disputées. Et pour vous aider à y voir plus clair à l’orée de cette saison 2025, TSO vous propose de retrouver votre série préférée : les 30 franchises en 30 jours. Chaque jour et cela pendant 30 jours, une équipe sera décortiquée par notre rédaction afin de vous la présenter en long et en large, afin d’être fin prêt pour le début de la régulière. Et aujourd’hui, on va à Oakl..Sacramento à la rencontre des nouveaux Athletics.

Une semaine après le début de la saison 2024, l’annonce officielle tombe : 2024 est officiellement la dernière saison des Athletics dans la Bay Area. Le chapitre de l’histoire des Athletics à Oakland se referme donc après 57 ans. Nouveau départ pour 2025 au Sutter Health Park de Sacramento, le ballpark de l’équipe Triple A affiliée au SF Giants, les Sacramento River Cats.

La foule des grands soirs pour les dernières des A’s au Coliseum… ©San Francisco Chronicle

Après 2 saisons (’22 et ’23) catastrophiques, aussi bien sportivement qu’en terme d’images, les A’s cuvée 2024 ont engagé un mouvement qui devraient leur permettre de régater avec le ventre mou de l’American Laegue dans les prochaines saisons. Sportivement c’est bien, mais en terme d’image, c’est toujours pas top.

Alors que 0 $ a été investi dans l’équipe (30e masse salariale de MLB à $63,407,581) et que les prédictions voyaient les A’s de nouveau comme une équipe à 100 défaites, 2024 a permis l’émergence d’un noyau de jeunes joueurs, qui devraient, dans le futur, porter les espoirs de Postseason de l’équipe, et promouvoir l’équipe dans le Nevada.

Mark Kotsay, le manager de l’équipe, a réussi à tirer la quintessence de son groupe, pour passer de 50 victoires en 2023 à 69, tombant à une victoire de son objectif de début de saison. Après un mois d’avril moyen, mai (9v-19d) et juin (7v-20d) furent catastrophiques, ce qui enclencha le mode « développement des jeunes » et permis à plusieurs joueurs de se montrer, pour un été plus sympa (juillet- août 31v-22d)

Mark Kotsay, le manager qui te met minable au bench press

De nouveau, le farm system des A’s (dont l’équipe Triple A joue à Las Vegas), souvent sous-estimé, a sorti de nouveaux joueurs au niveau de la MLB et le département développement a pleinement optimisé les retours de trade, marque de fabrique des A’s ces dernières saisons.

Côté frappeurs, l’outfield a été à l’honneur :

  • Lawrence Butler : drafté au 6e tour en 2018, s’est imposé dans le champ droit pour sa première saison complète. Des stats honorables (.262 avg, .317 OBP, .490 SLG, 57 RBI, 22 HR, 1SB) mais surtout un OPS à .807, ce qui le placerait au niveau de Trea Turner (27e de la ligue) s’il était qualifiable.
  • Brent Rooker : champ gauche -> voir  » Star de l’équipe »
  • JJ Bleday : le centerfield arrivait de Miami en 2023 en échange de Jesus Luzardo, a disputé la totalité de la saison, et s’est fait une place dans l’alignement, reprenant une progression conforme à son potentiel (.243 avg, .324 OBP, .437 SLG, .762 OPS), pour seulement sa 3e saison en MLB, à 26 ans.
Toro, Bleday & Butler ©Athletics Nation

Les 3 produisant une amélioration de plus de .100 de leurs OPS (+.200 pour Butler !) entre 2023 et 2024, à laquelle s’ajoute la production en hausse du catcher Shea Langeliers dans toutes les catégories (dont 29HR et 80 RBI à seulement .224 de moyenne au bâton). L’explication de la relative bonne saison selon les critères des Athletics est en partie dans ces chiffres.

Côté lanceurs, la révélation/confirmation de la saison a été Mason Miller. Le choix de 3e ronde en 2021, était programmé pour être un starter en MLB, mais une saison 2023 pourrie par les blessures a fait changer d’avis les esprits avisés du front office. Lancé en sortie de bullpen, dans des situations compliquées (= high leverage) et bien souvent pour finir les matchs, Miller a pu lancer à gogo sa fastball à 102 mph et sa slider destructrice, et gagner sa place au All-Star game, ainsi que des voix pour le Rookie of the Year (4e) et une sélection dans la All MLB 2nd team. Sa fracture de la main droite autour de la trade deadline a empêché les A’s de l’échanger, mais sa situation contractuelle (pré-arbitration) et la propension des A’s à capitaliser rapidement sur leurs jeunes talents devraient changer la donne, peut-être même dès cet hiver.

Le reste de la rotation n’a pas démérité, mais il est quand même difficile de sortir un ace d’une équipe qui a perdu 93 matchs.

JP Sears continue de progresser, passant d’une fiche de 5-13 à 11-13, et améliorant ses statistiques (4.38 ERA, 180 IP, 4.71 FIP), mais étant toujours dans les leaders de la ligue aux lancers touchant les frappeurs, démontrant qu’il reste de la place pour améliorer ses placements.

Dans la colonne « trade return prospect », les A’s ont promu le jeune Joey Estes (23 ans, un des retours du trade de Matt Olsson à Atlanta) en mai au sein de leur rotation. Devenu le plus jeune lanceur depuis 2016 à réaliser un complete game shutout (blanchissage au cours d’un match complet = 0 point encaissé en lançant l’intégralité des 9 manches) face aux Angels, le retour sur terre a été sévère pour Estes, finissant la saison avec 7v – 9d, une ERA de 5.01 et un FIP de 4.94. Mais les bases pour s’installer durablement dans la rotation des A’s sont là.

Joey Estes, lors de son premier match ©mlb.com

Hélas, malgré ces promesses, aucun titulaire n’a réussi à fournir une fiche positive, et la rotation s’est vu amputée de Paul Blackburn à la trade deadline, parti sur une jambe chez les Mets, pour finir par n’avoir aucun lanceur emergeant comme 5e titulaire. Et bien entendu, le lanceur de relève Lucas Erceg, qui formait un duo injouable avec Mason Miller sur les fins de parties, a aussi été échangé, vers les Royals. Et on ne mentionnera pas les pauvres performances de la recrue phare de l’intersaison, Alex Wood. De titulaire surprise pour l’Opening Day (JP Sears semblait être un choix plus judicieux), il a rejoint l’infirmerie en mai pour ne quasiment plus la quitter de la saison (9 starts, 5.26 ERA)

Les habituels travers des frappeurs ont aussi refait surface en cours de saison, avec un infield incapable de produire du jeu, entre le vétéran Seth Brown au crépuscule de sa carrière et incapable de tenir la première base, tout comme le rookie Tyler Soderstrom. Relancé dans le grand bain début mai, il a subi un énorme slump entre la mi-mai et mi-juin, puis a été blessé jusqu’à la mi-septembre, rendant difficile sa stabilisation au poste.

La position de shortstop fut aussi un des points faibles de la défense, propriété en 2024 du rookie de 27 ans Max Schuemann, choix de 20e ronde lors de la draft 2018. Un faible apport offensif (.220 avg, .311 OBP, .308 SLG, .618 OPS, 7 HR, 34 RBI, 14 SB) ne compensant pas une défense moyenne, permettant la concurrence de Jacob Wilson en fin de saison.

Mais la déception est venue du second coussin et de la régression de Zach Gelof, le choix de 2nd tour de la draft 2021, qui avait réalisé une demi-saison 2023 pleine de promesses, mais a vu l’ensemble de ses moyennes descendre sur une saison complète, avec notamment un OPS passant de .840 en 2023 à .632, et surtout le plus grand nombre de strikeouts subis en AL (188). Ces chiffres sont toutefois ce à quoi s’attendre de la part de Gelof sur une saison complète, 2023 ayant été un échantillon trop petit pour juger.

Pour couronner le tout, au coeur d’un hiver déjà déprimant pour les fans des Oakland A’s, Rickey Henderson, la légende supersonique, le meilleur leadoff de tout les temps, idole des foules et des médias, membre du Hall of Fame, s’est éteint le 20 décembre. Run In Peace, Rickey.

Alors que l’on aurait pu croire que le front office allait continuer sa politique de développement de prospects / non investissement dans les prolongations de ses piliers, la saison morte actuelle est un peu différente.

Pour commencer, une prolongation ! Brent Rooker, le champ gauche All-Star, a reçu une prolongation jusqu’en 2029 pour un minimum garanti de 60M$. Clairement, Rooker devient la tête de gondole de la franchise au cours de la transition vers Vegas qui s’amorce.

Puis en décembre, les A’s font parler d’eux en signant un lanceur free agent, Luis Severino. Sortant d’une excellente saison de relance du côté des Mets, Severino a signé pour 2+1 ans et un maximum de 67M$, le plus gros contrat offert par les A’s dans leur histoire.

« la Bay Area m’a toujours attirée… — Euh, on déménage Luis — Yeah, Las Vegas, Baby ! — Non Luis, Sacramento… » ©mlb.com

A partir de là, l’échange pour faire venir Jeffrey Springs de Tampa, solidifiant au passage la rotation, et la signature de Gio Urshela, ont sonné comme le réveil du propriétaire et l’envie de relancer la machine pour impressionner une nouvelle fanbase? Non, l’explication est beaucoup plus pragmatique.

Le Collective Bargaining Agreement, signé par les propriétaires, les joueurs et la ligue pour la période 2022-2026, stipule que les équipes doivent avoir une masse salariale 1.5 fois supérieure aux revenus récupérés du pot commun des droits locaux (pub, TV,…). Dans le cas d’un non-respect de cette règle, pas de sanctions directes de la Ligue, mais l’association des joueurs peut déposer une plainte et l’équipe être pénalisée. Il y a bien sûr plein de détails techniques, et les plus férus de jargons juridiques trouveront leur bohneur en recherchant tout cela sur le Net.

Les 10 000 places max du Sutter Health Park ne vont pas aider à remplir les poch.. caisses du club ©pedfire.com

Cependant, les A’s toucheront 70M$ du pot commun, ce qui implique avoir une masse salariale autour de 105M$, minimum. D’où les signatures de Severino, Urshela (1 an, 2.15M$), Springs (3 ans, 36M$) et de l’ancien closer des Rangers, Jose Leclerc (1 an, 10M$). Avec une masse salariale de 63.5M$ + ces 4 signatures, le compte est bon.

Cynisme mis à part, les A’s ont amélioré les points faibles de leur équipe en engageant : un vétéran en 3e base (Urshela), un vétéran pour encadrer les jeunes lanceurs de leur rotation et de la profondeur (Severino & Springs), de la profondeur au bullpen (Leclerc) avec le potentiel d’être intouchable en 8 et 9e.

Les solutions en interne existent pour les autres défauts de l’équipe. Soderstrom doit s’imposer en 1B, s’il ne veut pas voir Nick Kurtz, le 4e choix de la draft 2024, débarquer plus vite que prévu. Kurtz, qui a déjà atteint le Double-A dans les Minors, et a fini l’année sur d’excellentes performances en Fall League (0.353 avg, 1.058 OPS).

Nick Kurtz. Esperons qu’il n’hérite pas du surnom de « colonel »… ©MLB.com

Un autre prospect, qui a fini l’année en Majors, sera sous le microscope. Jacob Wilson (voir « A suivre ») a fini shortstop titulaire, et devra montrer des signes de progressions pour que les A’s soient dans la bataille pour une Wild Card. Et on peut évoquer Max Muncy, l’homonyme, qui devrait avoir une chance de disputer la 3e base à Abraham Toro et Gio Urshela en fonction du déroulement des premières semaines.

Tout mis bout à bout, les A’s ont le potentiel de réaliser ce qu’ils avaient fait en 2018, c’est à dire se qualifier pour les Wild Cards après une saison pas terrible (2017 : 75v ; 2018 : 97v). Tout cela en devant s’adapter à un nouveau ballpark, une nouvelle ville et un front office en travaux, le président Dave Kaval, l’architecte du départ des A’s d’Oakland, étant « parti à la retraite ».

Dave Kaval, une personne rassurante

Brent Rooker est un « late bloomer ». Le natif du Tennessee, a eu du succès au niveau universitaire chez les Mississipi State Bulldogs. Il les a menés au titre de la conférence SEC en 2016, puis a été élu Joueur de l’année universitaire en 2017, maintenant une moyenne de .387, avec 11 HR et 82 RBIs, remportant au passage la 2e Triple Crown de l’histoire de la SEC.

Sur la base de ces solides performances, il est repêché par les Minnesota Twins au premier tour (35e) lors de la draft 2017. Son développement suit son cours, avec 3 saisons dans les Minors pour une première apparition en MLB en septembre 2020.

Le ciel paraît dégagé pour Rooker, qui semble pouvoir devenir titulaire à 25 ans chez les Twins.

Mais 2021 ne se passe pas comme prévu, les performances étant décevantes aux yeux de ses employeurs. Ils décident donc de l’échanger aux Padres en 2022, qui eux l’échangeront aux Royals au cours de l’été. 2 saisons au rebut, sacrifiées au nom de la performance, et passées par Rooker à cheval entre le Triple-A et la grande ligue.

Fastball chaser ©chatsport.com

Après un « designated for assignement » qui sonne le glas de sa carrière à Kansas City, les A’s tentent le coup, intrigué par cet outfielder qui sait frapper, avec puissance et qui peut aussi voler des bases, tout en étant discipliné au marbre. Comment a-t-il pu se retrouver ici ? Entre mauvais scouting, rosters surchargés et impatience de la part d’équipes s’imaginant mettre la main sur le nouveau Aaron Judge, Oakland s’avère être le bon endroit pour l’épanouissement d’un talent comme Rooker.

A la sortie du Spring Training 2023, Rooker obtient un poste dans l’alignement et donc du temps de jeu. Un mois plus tard, il est nommé AL Player of the Week (April 24-30) ! Il est de plus sélectionné au All Star Game, comme remplaçant, rentrant et frappant un double. Il finit la saison 2023 comme leader des A’s dans quasiment toutes les catégories statistiques des frappeurs (30HR, 62 RBIs, .246 avg, .488 slg, .817 OPS).

2024 voit Rooker reprendre le même chemin, associant durabilité (145 matchs disputés) et performances devenues de très haut niveau : 39HR, 112 RBIs, .293 avg, .562 slg, .927 OPS

C’est en toute logique qu’il remporte son premier Silver Slugger, et même des voix au vote de MVP (10e). Cerise sur le gâteau, une prolongation signée cet hiver en fait le joueur des A’s le mieux payé de l’histoire, et une sacrée preuve d’engagement de la part d’un front office enclin à expédier ailleurs ses stars en devenir.

La réaction de Brent Rooker à la lecture de cet article

6e choix de la draft 2023 et espoir n°1 du club (MLB prospect n°24), Jacob Wilson a une opportunité rare qui se présente à lui en 2025. S’il reste en forme (il est sujet à de fréquentes blessures), il y a de grande chance que le poste de shortstop soit le sien dès le Spring training. Le peu de concurrence et le fait d’avoir disputé la fin de saison chez les grands le qualifie quasi-automatiquement. Mais pas seulement.

Etre choisi 6e d’une draft qui a vu être selectionné Paul Skenes, Dylan Crewes, en sortant d’une fac plutôt moyenne quand à son programme de baseball (Grand Canyon U, WAC Conference) n’est pas le fruit du hasard.

Le Californien de naissance, né en 2002 et fils d’un ancien de MLB (Jack Wilson, All-Star et Silver Slugger 2004) a d’abord entamé sa carrière à la fac en tant que 3e base, il a glissé vers l’arrêt-court lors de ses 2e et 3e années. Frappeur de contact avec un taux de strikeout très bas (5% sur ses 3 années de fac, même 2.4% lors de sa dernière année), sa puissance aurait été limite pour le Coliseum, mais peut lui permettre d’être autour de 15-20 HR à Sacramento, avec énormément de doubles. Même s’il se profile comme un Nick Madrigal ou, mieux, un Jeff McNeil, son positionnement dans l’infield et sa défense ont été testés par les A’s en fin de saison dernière pour s’assurer que le gamin avait de quoi vivre son potentiel.

Il a clairement le vent dans le dos, et, hormis blessure, devrait être une des attractions SPORTIVES des Athletics en 2025, seulement 2 ans après sa draft et ses étapes express dans les Minors.

80 victoires – 82 défaites.

4e en American League West.

Euh, les dernières saisons et tout le drama ne vous ont pas suffit ?

Sinon, brin de folie bonus : Une ode aux Bash Brothers des 80’s, Jose Canseco & Mark McGwire. Dispo sur Netflix pour les abonnés. De préférence sans les petits.


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