Ce 1er janvier, le baseball fait son grand retour dans les cinémas français. Depuis la sortie d’Une Nouvelle Chance de Robert Lorenz, avec Clint Eastwood, en 2012, rien. C’est donc un véritable plaisir et une agréable surprise de voir la sortie dans nos salles du premier film de Carson Lund, Eephus. Vous l’aurez compris, un film de baseball sur grand écran, en France, c’est d’une grande rareté. The Strike Out ne pouvait rater l’évènement. Nous sommes donc allés à la rencontre de Carson Lund afin d’en savoir plus sur son film et sa vision engagée et engageante du baseball, notamment au cinéma.
Présenté en mai dernier au Festival de Cannes, dans le cadre de la « Quinzaine des Cinéastes », ce film indépendant nous raconte les aventures de deux équipes amateurs qui jouent un dernier match sur leur terrain avant la destruction de celui-ci, quelque part au milieu de l’Amérique rurale des années 1990. L’action se situe uniquement sur ce terrain et ses abords, le temps d’un match, dans un film chorale où s’entremêlent les générations… et Bill Spaceman Lee, l’ancien joueur MLB. Un film atypique et authentique, comme la démarche de Carson Lund et de son collectif, « Omnes Films », dont le but est de montrer justement l’Amérique authentique. A noter que le film bénéficie d’une coproduction… française ! Et oui, parmi les producteurs, on retrouve la société française « Nord-Ouest ».
De plus, le diffuseur français du film, « Capricci », s’est rapproché de la Fédération Française de Baseball Softball afin de pouvoir aider les clubs à promouvoir le film et le film à promouvoir le baseball. Déjà, plusieurs clubs et cinémas ont prévu des évènements ensemble. Une liste de ces évènements est à retrouver en fin d’article ainsi que la version originale de cette interview. Bonne lecture.
The Strike Out : Pour commencer cette interview, expliquez-nous votre relation avec le baseball et donnez-nous votre point de vue sur la situation actuelle du baseball aux États-Unis ?
Carson Lund : J’ai grandi en jouant au baseball avec une dévotion presque religieuse. C’était une obsession quotidienne. Je me qualifiais fréquemment pour les équipes All-Star et j’ai fini par jouer dans des ligues itinérantes. Mais la pression croissante pour réussir et ma propre prise de conscience de la toxicité machiste de certaines parties de la culture du baseball ont gâché mon intérêt à la fin de mon adolescence. J’ai donc abandonné le sport au profit du cinéma.
Dix ans après cette décision, j’ai ravivé mon amour du jeu lorsque j’ai commencé à jouer dans une ligue récréative dans mon nouveau chez moi à Los Angeles (à 4800 km de ma ville natale de Nouvelle-Angleterre). J’ai été particulièrement frappé par les relations uniques que j’ai développées avec mes coéquipiers adultes : il y avait une proximité et une camaraderie qui n’existaient qu’une fois par semaine mais parce que nous étions tous si présents dans le jeu. En l’absence de fanfaronnade et d’excès de confiance de la jeunesse, tout semblait plus doux et plus pur, et cela m’a permis de voir avec des yeux neufs la poésie du jeu.
Cette poésie est quelque chose qui, selon moi, est menacée, à la fois dans le baseball et dans le monde moderne. Dans la MLB, un commissaire grossier et trop zélé, qui n’a que peu de respect pour l’Histoire du jeu, n’hésite pas à déclencher des changements de règles qui compromettent son intégrité et son rythme. Et en conséquence, le jeu n’est plus qu’un élément de plus de nos vies déjà frénétiques, qui sont régentées par une horloge. Je suis toujours le baseball de très près (Go Red Sox !), mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il a perdu quelque chose d’essentiel à son âme, et c’est précisément ce qui vide la vie contemporaine de sa magie : l’insistance à tout transformer en transaction.
Eephus est votre premier long métrage. Comment ce projet est-il né ?
J’ai réalisé, grâce à ma ligue récréative, que le baseball amateur adulte pouvait être un sujet très convaincant pour un film : il y a un pathos et un humour inhérents à regarder des hommes vieillissants s’accrocher à des passions d’enfance. Je ne pense pas que ce sujet ait jamais été traité avec sincérité émotionnelle ou dramatique dans un film, et j’avais le sentiment d’avoir les connaissances et l’expérience nécessaires pour raconter cette histoire. J’avais toujours cherché une accroche narrative simple pour mon premier long-métrage, et ce concept a finalement été mon moment d’éclaircissement.
J’ai passé une grande partie du confinement lié au Covid à écrire Eephus avec mes deux co-scénaristes, Michael Basta et Nate Fisher. Finalement, lorsque nous avons pu nous rencontrer en personne, nous avons créé une aide visuelle pour les séquences du scénario : un grand panneau d’affichage des scores du film. Il ne s’agissait pas de créer le match de baseball le plus excitant ou le plus dramatique de tous les temps, mais de nous assurer que le jeu avait une logique qui fournirait une base solide aux différentes vignettes sur et en dehors du terrain. Nous avons écrit un scénario très long et très absurde (plus de manches que ce que vous voyez dans le film fini) et nous n’avions aucune idée si c’était quelque chose dans lequel quelqu’un voudrait investir de l’argent. Nous avons néanmoins commencé à travailler sur le long et tortueux processus de recherche d’investisseurs et avons miraculeusement trouvé des partenaires extrêmement solidaires qui nous ont permis de réaliser ce film en toute liberté créative.
Le cinéma ne consiste pas à donner des leçons ou des leçons de morale, il s’agit de poser des questions auxquelles le spectateur doit se confronter.
Vous avez inscrit votre action dans la temporalité singulière d’un match de baseball amateur, dans un cadre rural, dans les années 1990, dans un film choral avec son humour et son émotion propres. Au-delà d’un incroyable exercice de style, que vouliez-vous dire avec Eephus ?
J’ai grandi dans les années 90, c’est donc en partie ce qui m’a poussé à situer Eephus dans cette époque. Je voulais ancrer ce film dans une Amérique qui n’était pas encore aussi divisée par des distinctions illusoires qui n’ont fait qu’être amplifiées par l’accès permanent à Internet sur les téléphones de chacun. C’était aussi une époque où il y avait plus d’espaces verts et plus de sorties sociales. Mais ce n’est évidemment pas une oasis perdue, et je voulais trouver les racines des changements sociétaux dont j’ai été témoin tout au long de ma vie sur ce petit terrain de baseball au milieu des années 90.
C’était une époque où la technologie ne dictait pas la vie de chacun, et pourtant les gens trouvaient le moyen d’ériger des murs entre eux. Je voulais explorer les pièges de la masculinité dans ce contexte hyper-local et compétitif, mais je ne m’attendais pas non plus à en arriver à des conclusions rigides. Le cinéma ne consiste pas à donner des leçons ou des leçons de morale, il s’agit de poser des questions auxquelles le spectateur doit se confronter.
Vous évoquez régulièrement vos influences cinématographiques telles que Cassavetes, Altman ou Mizoguchi. Le film emprunte-t-il également des références aux films de baseball ? Je pense notamment aux deux scènes qui ouvrent et ferment le film, qui rappellent l’apparition des joueurs fantômes du champ de maïs dans Field of Dreams.
Pour être honnête, nous ne pensions pas du tout aux films de baseball canoniques lorsque nous avons écrit Eephus. Je trouve souvent que ces films sont un peu faux dans leurs représentations du jeu, et ils s’intéressent généralement moins à l’équipe qu’à l’individu. Ce qui nous a intrigué en écrivant Eephus, ce sont les qualités expérientielles du jeu et le rituel social qui l’accompagne, nous avons donc voulu plonger avec un œil neuf et trouver l’inspiration dans des endroits inattendus.
Cependant, vous avez raison de souligner que nous ne pouvions pas complètement échapper au panthéon des films de baseball américains, et c’était plutôt accidentel. L’apparition et le retour de Franny dans la forêt derrière le terrain n’étaient pas destinés à être une référence à Field of Dreams, mais lorsque j’ai monté ces scènes dans le film, j’ai remarqué qu’elles avaient cette résonance. Pour moi, cela ne fait que souligner l’idée que le baseball fait partie de l’imaginaire mythique de ce pays – demandez simplement à Franny, qui ne peut s’empêcher de citer des joueurs de baseball célèbres du passé. Si le film fait par inadvertance écho à d’autres films de baseball comme Sandlot [Le Gang des champions en VF], Bingo Long and the Traveling All-Stars ou Bull Durham [Duo à trois en VF], je pense que cela ne fait que renforcer la conversation que nous espérons activer sur l’étrange emprise que ce sport a sur la langue, la culture et la vie sociale depuis plus de 100 ans ; et ce que cela signifie de voir cette emprise se relâcher.
Plus généralement, quels sont les films de baseball qui vous ont le plus touché ou enthousiasmé ?
J’aime le premier Bad News Bears [La Chouette équipe en VF], sorti en 1976, pour l’excellente performance de Walter Matthau. J’aime certains vieux films sentimentaux comme Take Me Out to the Ball Game [Match d’amour en VF] de Busby Berkeley (1949) et Flashing Spikes de John Ford (1962). J’aime aussi les entrées plus récentes dans cette sphère de Everybody Wants Some!! et The Phenom (tous deux sortis en 2016), même si le baseball est surtout accessoire dans leurs intrigues.
Votre film nous permet de retrouver une véritable légende du jeu. Comment Bill Spaceman Lee a-t-il rejoint votre projet ?
J’ai su très tôt que je voulais une légende plutôt obscure mais néanmoins chérie quelque part dans le casting, quelqu’un avec une aura mythique attachée à lui. S’il était aimé dans la région de la Nouvelle-Angleterre, c’était encore mieux. La question était de savoir comment trouver une telle personne. À mi-chemin de l’écriture, nous avons choisi le lancer « eephus » [aussi appelé « balle arc-en-ciel » qui se distingue par sa vitesse anormalement lente du fait d’une grande courbe] comme métaphore centrale du scénario et cela nous a naturellement conduit à Spaceman, car il était très connu pour ce lancer. En regardant la série documentaire Baseball de Ken Burns, je savais que Bill vivait dans le Vermont, un petit État que je connais très bien. Je me suis dit que je pouvais simplement commencer à demander autour de moi et qu’à un moment donné, j’aurai une idée de comment le contacter.
Finalement, quelqu’un m’a dit que son numéro de téléphone serait facile à trouver dans l’annuaire local, et cela s’est avéré être le cas, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il me réponde si rapidement et avec autant d’enthousiasme. Nous avons maintenu une correspondance téléphonique pendant un an et demi avant le tournage, et son attachement au projet a été déterminant pour obtenir le financement. C’est un vrai personnage, libre et imprévisible, et je n’étais jamais sûr à 100 % qu’il se présenterait au tournage. Je suis content qu’il l’ait fait.
La vérité constante sur le baseball est que, même lorsque sa popularité a été menacée, il a toujours été un baromètre de la nation
Pendant longtemps, le baseball a été l’activité populaire numéro un et a servi à parler de l’Amérique, de son identité, de son histoire, de sa population ou encore des problèmes sociétaux qui l’affectaient. Il n’a plus cette place prédominante dans la société américaine, mais peut-il encore parler du présent et de l’avenir de cette nation ?
La vérité constante sur le baseball, que le film de Ken Burns démontre si bien, est que même lorsque sa popularité a été menacée, il a toujours été un baromètre de la nation, donc je ne pense pas que cela change aujourd’hui. L’Amérique est très fracturée socialement à ce stade de l’histoire, tout comme elle l’a déjà été à différents moments du XXe siècle (comme lors du scandale des Black Sox à la fin des années 1910 ou de la grève des travailleurs dans les années 1980), lorsque le baseball subissait également des transformations et des crises d’intérêt public.
Dans tous ces cas, le baseball a fini par resurgir, et je dirais que les qualités que le sport dégage dans sa forme la plus idéale – la camaraderie, la dramaturgie et un ralentissement poétique du temps – sont des réconforts éternels qu’il est difficile d’éteindre complètement. Ils sont mis à rude épreuve en ce moment, à l’ère de la cupidité capitaliste et de la surabondance d’informations, et c’est pour cela que j’ai fait ce film, pour me rappeler, et j’espère rappeler au public, les choses sacrées dont nous nous éloignons.
Votre film a été présenté au dernier Festival de Cannes dans le cadre de la « Quinzaine des Réalisateurs » ainsi qu’en Allemagne et en Espagne. En France, le baseball est considéré comme un jeu et une culture sportive que seuls les Américains, voire les Japonais ou les Cubains, peuvent comprendre. En ayant des retours de différents pays aux cultures aussi diverses les unes que les autres, avez-vous l’impression que le baseball peut être utilisé pour un message plus universel ? D’ailleurs, le sujet du film n’est-il pas universel, au-delà de son utilisation du baseball dans le contexte américain ?
J’ai été honoré de voir l’écho de ce film à travers le monde, qui dans de nombreux cas a défié mes attentes. J’ai toujours voulu que le film soit capable de toucher tous les spectateurs en raison de ses thèmes universels sur le vieillissement et la gestion du changement, mais je comprends qu’il y ait aussi une barrière initiale étant donné le sujet de niche. Néanmoins, souvent, les gens qui comprennent le moins le baseball sont ceux qui ont le plus aimé le film. Je suppose que lorsque le texte est presque entièrement étranger, le sous-texte devient plus prononcé. Mais je pense aussi que le film ne juge aucun de ses personnages. Il observe cette communauté avec un détachement presque anthropologique et place un certain type de lien masculin sous un microscope sans sembler se complaire ou participer aux qualités les moins flatteuses de ses personnages. Alors peut-être que l’expérience de le regarder sans connaître le baseball partage quelque chose de la fascination d’aller dans un zoo.
Au-delà de ça, je pense que les grandes lignes du baseball peuvent être comprises à un niveau intuitif. Un joueur essaie d’atteindre la base, et essaie finalement de rentrer à la maison. Trois prises et vous êtes éliminé. Ce sont des idées fondamentales qui transcendent la culture. Pour moi, le baseball est particulièrement cinématographique en raison de la largeur du terrain, du nombre de corps en mouvement et du rythme qui est une danse constante entre le mouvement et la stase. Plus que les sports rapides, le baseball ressemble à ce que l’on ressent dans la vie.
Enfin, le baseball a été au centre de nombreux films produits par l’industrie cinématographique, notamment américaine, qu’ils soient hollywoodiens ou indépendants. Mais il reste encore beaucoup à dire et à montrer. Quels sujets aimeriez-vous voir abordés dans les futurs films de baseball ?
Il est difficile de dire ce que j’aimerais voir, car au final, je pense avoir exprimé ce qui me manquait dans les films de baseball en réalisant Eephus. Ce qui me dérange dans ce genre de films, c’est qu’aucun d’entre eux ne semble particulièrement en phase avec le rythme du jeu, et ils font souvent des heures supplémentaires pour essayer de faire correspondre les formules et les programmes bien rangés du cinéma narratif commercial au flux désordonné et chaotique du baseball. Je ne voulais pas utiliser le baseball comme un vecteur pour l’épanouissement personnel d’un personnage, ou comme une métaphore pour surmonter les obstacles. Je voulais honorer le rythme et la texture du jeu et montrer comment cela peut être un baume pour l’âme et un lubrifiant social pour les gens qui luttent autrement pour entretenir des amitiés et des groupes sociaux.
Je serais honoré si d’autres cinéastes essayaient de suivre les traces d’Eephus, mais pour l’instant j’espère que ce film verra un public aussi large que possible et que peut-être, juste peut-être, il suscitera une conversation sur l’importance des activités de loisirs comme le baseball.
Merci M. Lund d’avoir répondu à nos questions.
Liste des évènements déjà connus autour de la sortie d’Eephus :
# Café des images x Phénix de Caen
4 square du théâtre à Hérouville-Saint-Clair
Jeudi 16 janvier
20h00 : moment convivial / 21h00 : séance
# Cinéma Le Méliès Saint-François x Ducks Saint-Just Saint-Rambert
8 rue de la Valse à Saint-Etienne
Vendredi 3 janvier à 20h20
Présentation de la discipline et de ses règles par le club des Ducks et projection du film
# Cinéma Omnia x Huskies de Rouen
28 rue de la République à Rouen
Mardi 7 janvier à 20h00
D’autres évènements sont en préparation ou en discussion, notamment avec le Beaujolais Baseball Club Wisps de Belleville, les Arvernes de Clermont-Ferrand, les Wallabies de Louviers et les Phénix de Perpignan. N’hésitez à vérifier sur les réseaux sociaux des clubs de votre région si des séances sont programmés en collaboration avec eux.
ENGLISH VERSION
To begin this interview, what is your relationship with baseball and what is your view on the current situation of baseball in the United States?
I grew up playing baseball with an almost religious devotion. It was an everyday obsession. I frequently qualified for all-star teams and eventually played in private traveling leagues. But the mounting pressure to succeed and my own growing awareness of the macho toxicity within parts of baseball culture spoiled me on the game in my late teens. So, I ditched the sport in favor of filmmaking.
Ten years after this decision, I rekindled my love of the game when I started playing in a recreational league in my new home of Los Angeles (3,000 miles from my New England hometown). I was particularly struck by the unique relationships I developed with my adult teammates: there was a closeness and camaraderie that would only exist once a week because we were all so present in the game. In the absence of youthful swagger and overconfidence, everything seemed gentler and purer, and it allowed me to see with fresh eyes the poetry of the game.
That poetry is something that I think is under threat, both within baseball and the modern world. In the MLB, a crass, overeager commissioner with little respect for the history of the game is quick to pull the trigger on rule changes that compromise its integrity and rhythm. And as a result, the game has become just one more component of our already frenetically paced lives to be ruled by a clock. I still follow baseball very closely (go Red Sox!) but I can’t help but feel it has lost something essential to its soul, and that very thing just happens to be the same thing that drains so much of contemporary life of its magic: an insistence on turning everything into a transaction.
Eephus is your first feature film. How did this project come about?
I realized through my recreational league that adult amateur baseball could be a very compelling subject for a film: there’s an inherent pathos and humor to watching aging men cling to childhood passions. I don’t think this subject has ever been treated with emotional or dramatic sincerity in movies, and I felt I had the knowledge and experience to tell that story. I’d always been looking for a simple narrative hook for my first feature, and this concept was finally my eureka moment.
I spent much of the Covid lockdown writing Eephus with my two co-writers, Michael Basta and Nate Fisher. Eventually, when we were able to meet in person, we created a visual aid for the script sessions: a large poster board displaying a box score for the film. It wasn’t about creating the most exciting or dramatic baseball game ever, but about making sure the game had a logic to it that would provide a solid foundation for the various vignettes on and off the field. We wrote a very long, very absurd script (more innings than what you see in the finished film) and had no idea if this would be something that anyone would want to put money behind. Nonetheless, we started chipping away at the long and winding process of finding investors and miraculously found extremely supportive partners who enabled us to make this with full creative freedom.
You set your action on the unique temporality of an amateur baseball game, in a rural setting, during the 1990s, in the framework of a choral film with its own humor and emotion. Beyond an incredible exercise in style, what did you want to say with Eephus?
I grew up in the ‘90s, so that’s part of the impetus for setting Eephus in that era. I wanted to root this film in an America that wasn’t yet quite so divided by illusory distinctions that have only been amplified by everyone having constant access to the internet on their phones. It was also a time of more green space and more social outings. But obviously it’s not some lost oasis, and I wanted to find the roots of the societal changes I’ve witnessed throughout my life on this little baseball field in the mid ‘90s. This was a time when technology wasn’t dictating everyone’s life, and yet people still found ways to erect walls between one another. I wanted to explore the pitfalls of masculinity in this hyper-regional and competitive context, but I also didn’t expect to come to any rigid conclusions. Cinema is not about administering lessons or morals; it’s about asking questions for the viewer to wrestle with.
You regularly mention your cinematic influences such as Cassavetes, Altman or Mizoguchi. Does the film also borrow references from baseball films? I am thinking in particular of the two scenes that open and close the film, reminiscent of the appearance of the ghost players from the cornfield in Field of Dreams.
To be honest, we weren’t thinking about canonical baseball films at all when we wrote Eephus. I often find such films to be a bit phony in their representations of the game, and they’re usually less about the team than about the individual. What intrigued us writing Eephus were the experiential qualities of playing the game and the social ritual of it all, so we wanted to dive in with fresh eyes and find inspiration from unexpected places. However, you’re right to point out that we couldn’t entirely escape the pantheon of American baseball movies, and that was pretty much accidental. Franny’s emergence from and return to the forest behind the field was not intended to be a Field of Dreams reference but when editing those scenes into the film I did notice they had that resonance. For me, this only underlines the idea that baseball is part of the mythic imagination in this country—just ask Franny, who can’t stop quoting famous baseball players from the past. If the film inadvertently echoes other baseball films like Sandlot or Bingo Long and the Traveling All-Stars or Bull Durham, I think it just strengthens the conversation we’re hoping to activate about the strange hold that this sport has had on language, culture and social life for over 100 years, and what it means for that hold to loosen.
More generally, what are the baseball films that have touched or excited you the most?
I like the original Bad News Bears (1976) for Walter Matthau’s excellent performance. I like some of the old sentimental films like Busby Berkeley’s Take Me Out to the Ball Game (1949) and John Ford’s Flashing Spikes (1962). I also love more recent entries into the canon like Everybody Wants Some!! and The Phenom (both 2016), even if baseball is mostly incidental in their plots.
Your film offers to see a true legend of the game. How did Bill Spaceman Lee join your project?
I knew early on that I wanted a rather obscure but nonetheless cherished legend somewhere in the cast, someone with a mythic aura attached to them. If they were beloved in the New England region, even better. The question was how to find such a person. Halfway through writing, we settled on the eephus pitch as a central metaphor in the script and that naturally led us to the Spaceman because he was so recognized for this pitch. From watching Ken Burns’ Baseball, I knew Bill lived in Vermont, a small state I’m very familiar with. I figured I could just start asking around and that at some point I’d get a clue about how to get in touch with him. Eventually someone told me his phone number would be easy to find in the local directory, and that proved to be the case, but I didn’t expect him to answer me so quickly and with such enthusiasm. We maintained a phone correspondence for a good year and half prior to shooting, and his attachment to the project was instrumental in securing funding for the project. He’s a real character, freewheeling and unpredictable, and I was never 100% certain he’d show up for the shoot. I’m glad he did.
For a long time, baseball was the number one popular activity and was used to talk about America, its identity, its history, its population or even the societal issues that affected it. It no longer has this predominant place in American society, but can it still talk about the present and the future of this nation?
The abiding truth about baseball, which Ken Burns’s film so thoroughly demonstrates, is that even when its popularity has been threatened, it has always been a barometer for the nation, so I don’t think that changes now. America is very socially fractured at this point in history, just as it was at different points in the 20th century (like during the Black Sox scandal in the late teens or the labor strike in the 80s) when baseball was also undergoing transformations and crises of public interest. In all these cases, baseball eventually saw a reemergence, and I’d argue that the qualities that the sport exudes in its most ideal form—camaraderie, patient drama, and a poetic slowing of time—are perennial comforts that are hard to completely extinguish. They’re being put to their toughest test right now in this era of unchecked capitalist greed and information overload, and that’s why I made this film, to remind myself and hopefully the audience of the sacred things we’re distancing ourselves from.
Your film was presented at the last Cannes Film Festival as part of the Quinzaine des Réalisateurs as well as in other countries, such as Germany and Spain. In France, baseball is seen as a game and a sports culture that only Americans, or even the Japanese or Cubans, can understand. By having feedback from various countries with cultures as original as each other, do you have the impression that baseball can be used for a more universal message? Besides, isn’t the subject of the film universal, beyond its use of baseball in the American context?
I’ve been humbled to see the response to this film across the world, which in many cases has defied my expectations. I always intended for the film to be capable of touching all viewers because of its universal themes of aging and coping with change, but I understand there’s also a perceived barrier to entry given the niche subject matter. Nonetheless, it has often been the people who understand baseball the least who have connected most deeply with the film. I suppose when the text is almost entirely alien, the subtext becomes more pronounced. But I also think the film doesn’t judge any of its characters. It observes this community with an almost anthropological detachment and places a certain kind of male bonding under a microscope without appearing to indulge or participate in its characters’ more unflattering qualities. So maybe the experience of watching it without a knowledge of baseball shares something of the fascination of going to a zoo.
Beyond that, I think the broad strokes of baseball can be understood on an intuitive level. A player tries to reach base, and eventually tries to make it home. Three strikes you’re out. These are fundamental ideas that transcend culture. For me baseball is particularly cinematic because of the width of the field, the number of bodies in motion, and the pacing which is a constant dance between motion and stasis. More so than fast-paced sports, baseball feels like what it’s like to live life.
Finally, baseball has been at the center of many films produced by the film industry, particularly American, whether Hollywood or independent cinema. But there is still much to say and show. What topics would you like to see covered in future baseball films?
It’s hard to say what I’d like to see, because ultimately, I think I expressed what I felt was lacking in baseball films by making Eephus. What bothers me about the canon of baseball films is that none of them feel especially attuned to the pace of the game, and they often work overtime trying to map the tidy formulas and agendas of commercial narrative filmmaking onto the messy and chaotic flow of baseball. I didn’t want to use baseball as a vehicle for some character’s self-actualization, or as a metaphor for overcoming odds. I wanted to honor the rhythm and texture of the game and show how that can be a balm for the soul and a social lubricant for people who otherwise struggle to maintain friends and social groups. I’d be honored if some other filmmakers try to follow in Eephus’s footsteps, but for now I hope this film sees as wide an audience as possible and that maybe, just maybe, it will spark a conversation about the importance of leisure activities like baseball.
Thank you for your answers M. Lund.




