Preview 2026 : Philadelphia Phillies – On prend les mêmes et on recommence

Ça y’est l’hibernation est terminée ! Après avoir passé l’hiver au coin du feu, il temps de partir au charbon. Et si pour nous sortir de notre torpeur saisonnière, la World Baseball Classic va servir de brise glace, la saison 2026 de MLB sera là pour nous envelopper de sa douce chaleur jusqu’à début novembre. Et pour appréhender au mieux ce nouvel exercice de la crème de la crème du baseball, TSO passe en mode cuistot pour vous servir son plat signature des « 30 franchises en 30 jours ». Chaque jour et – vous l’aurez compris – pendant 30 jours, une équipe sera décortiquée par notre rédaction. C’est maintenant l’heure d’aborder le cas des Phillies, une franchise qui enchaîne les excellentes saisons régulières mais dont le noyau vieillit.

Que retenir de 2025 ?

Philadelphie peut se targuer d’avoir réussi une excellente saison régulière en 2025. 96 victoires, le meilleur total depuis la saison 2011 (102-60), un deuxième titre consécutif de division NL East, et une attaque qui a tourné à plein régime avec près de 800 runs marqués. Sur le papier, tout roule pour les Phillies. Dans les faits, c’est une autre histoire.

Car derrière ces chiffres clinquants se cache une réalité bien moins flatteuse : une deuxième élimination d’affilée en NLDS. Après avoir chuté face aux Mets en 2024 (3-1), les hommes de Rob Thomson se sont inclinés sur le même score face aux futurs champions, les Dodgers. Un scénario qui commence sérieusement à faire tache pour une équipe qui a les moyens de ses ambitions mais qui peine à franchir le cap en octobre.

Kyle Schwarber a signé la meilleure saison de sa carrière avec 56 home runs.

Offensivement, le trio magique a encore fait le show. Kyle Schwarber a littéralement explosé tous les compteurs avec 56 home runs et 132 RBI, sa meilleure saison en carrière. Le gaucher a confirmé qu’il était devenu l’une des plus grosses puissances de frappe de la ligue. Trea Turner a remporté un deuxième titre de champion au bâton avec .304 de moyenne, tout en ajoutant 15 HR et 30 bases volées. Quant à Bryce Harper, malgré une saison un peu en deçà de ses standards (27 HR, .261), il a continué à être productif tout en ajoutant 12 vols de bases à son actif.
Le vétéran J.T. Realmuto a encore fait le boulot derrière le marbre (.257 / 12 HR / 52 RBI), même si on sent bien que les années commencent à peser sur ses épaules. Alec Bohm a continué sa progression en troisième base tandis que Bryson Stott a apporté ses 24 bases volées.

Le problème reste au champ extérieur droit où Nick Castellanos a encore peiné à justifier son salaire (-0.3 WAR en 2025). Il a été libéré de façon surprenante en février dernier, ouvrant la porte à Adolis García et peut-être Justin Crawford, on y reviendra.

Sans rentrer dans les détails (houblonnés), hop : problem solved.

La rotation a été exceptionnelle, terminant avec plus de 5 WAR d’avance sur la deuxième meilleure de MLB (les Reds). Cristopher Sánchez a confirmé son statut d’ace avec une saison brillante (ERA de 2.50), pendant que Jesús Luzardo a réussi à enchaîner 183.2 innings sans blessure majeure. Zack Wheeler était en train de faire une nouvelle grande saison avant d’être stoppé net par un syndrome du défilé thoracique qui a nécessité une opération. La grosse déception est venue d’Aaron Nola qui a vécu sa pire saison (6.01 d’ERA) avant de finalement se blesser.

Le bullpen, longtemps le maillon faible de cette équipe, s’est amélioré grâce à l’arrivée à la deadline de Jhoan Duran depuis le Minnesota. Le closer dominicain a apporté sa fastball à 100 mph et a clarifié les rôles dans le pen. Mais la perte de Matt Strahm (2.74 ERA en 66 sorties) vers Kansas City cet hiver fragilise le middle relief.

Au final, une saison régulière dominante qui s’achève encore une fois trop tôt en octobre. Le constat est amer : depuis 2022, les Phillies n’ont franchi le cap des NLDS qu’une seule fois (en route vers la World Series cette année-là). Pour un noyau aussi talentueux et aussi cher, c’est insuffisant.

Qu’attendre pour 2026 ?

Dave Dombrowski a fait le pari de remettre le groupe ensemble pour une dernière tentative. Et quand on dit dernière, ce n’est pas une figure de style. L’âge moyen de cette équipe est alarmant : 30,3 ans pour les frappeurs, 30 pour les lanceurs. La dernière fois que les Phillies ont dépassé les 30 ans dans les deux catégories ? En 2014, trois ans après leur dernière apparition en playoffs.

Trea Turner et Bryce Harper, une partie du Big 3 des Phillies – Crédit DR.

Kyle Schwarber a été re-signé pour cinq ans après son année monstre. À 33 ans et avec un profil DH-only, le risque est énorme. Le gaucher pourrait très bien retomber dans ses standards 2022-2023 (moyenne autour de .210) et devenir un boulet. J.T. Realmuto est également revenu pour trois ans supplémentaires à 35 ans. Le vétéran receveur montre des signes de déclin évidents.

Realmuto apporte un leadership précieux et des compétences défensives malgré une récente tendance à la baisse de ses statistiques – Crédit DR.

Côté rotation, le retour de Zack Wheeler est incertain. L’opération qu’il a subi n’a pas le même historique de succès que Tommy John, et son retour n’est pas attendu avant mai au mieux. Les projections ZiPS le voient à 9-5, 3.43 ERA sur seulement 128 manches. Aaron Nola espère rebondir après sa terrible saison 2025, mais à 33 ans, le déclin semble bien amorcé.

Le grand départ de l’intersaison est celui de Ranger Suárez, parti à Boston en free agency. Le gaucher avait mangé 157 innings en 2025 et laisse un vide dans la rotation. Taijuan Walker reste au roster mais personne ne sait vraiment ce qu’il peut apporter à 33 ans (projections : 5-7, 5.13 ERA).

Pour compenser, Dombrowski a signé Brad Keller pour renforcer le bullpen. L’ancien des Cubs apportera une option droitière en fin de match aux côtés de Duran et Alvarado. Adolis García a également été recruté pour apporter de la profondeur à l’outfield, même si à 33 ans, on est loin de l’explosivité qu’il avait il y a quelques saisons.

Le farm system commence à faire pousser quelques prospects intéressants. Aidan Miller (SS, #23 prospect MLB) pourrait frapper à la porte en cours de saison, tout comme Justin Crawford (OF, #53). Andrew Painter, le jeune droitier au bras dévastateur, a enfin pu lancer 118 innings en ligues mineures après deux ans d’absence. Il apporterait, de son côté, de la profondeur à la rotation si nécessaire.

Mais soyons honnêtes : cette intersaison a été décevante. Aucun gros coup pour renforcer l’équipe, juste des retours et quelques ajouts mineurs. Les Phillies ont clairement fait le pari que le noyau actuel pouvait encore gagner. Reste à voir s’ils ont raison.

Le joueur à suivre : Andrew Painter

Si les Phillies s’en sortent cette saison, il y a des chances que ce soit grâce à ce bras droit de 23 ans. Sélectionné en 13e position de la draft 2021, Painter était considéré comme l’un des meilleurs prospects lanceurs du pays avant de se blesser (il a raté les saisons 2023 et 2024).

Après avoir tenté une rééducation, il a finalement dû passer par la case Tommy John. Son retour en 2025 était donc très attendu, et il a pu lancer 118 manches dans les ligues mineures. Les résultats ont été mitigés (5.40 ERA en AAA), mais c’était surtout une question de reprendre du rythme et des sensations. Avant sa blessure, il n’avait accordé que 5 home runs en 103.2 manches. En 2025, il en a donné 20 en 118 innings, certes contre de meilleurs frappeurs. Mais si son bras a perdu en puissance et l’a rendu plus frappable, c’est préoccupant.

Les Phillies vont pourtant avoir besoin de lui cette saison, surtout avec l’absence de Wheeler et les doutes sur Nola. Si Painter parvient à retrouver sa mécanique et sa fastball dévastatrice, il pourrait bien devenir un atout majeur pour cette rotation. Dans le cas contraire, les Phillies pourraient se retrouver en difficulté dès le premier mois de la saison.

La star : Cristopher Sánchez

À 29 ans, le gaucher portoricain est devenu le véritable ace de cette rotation. Après une première saison exceptionnelle en 2024, il a récidivé en 2025 avec des chiffres encore meilleurs. Sans la présence de Paul Skenes dans la ligue, Sánchez aurait probablement remporté le Cy Young Award.

Du haut de son mètre quatre-vingt-dix-huit, le gaucher impose le respect sur le monticule. Son profil est parfait pour mener la rotation à Phila : 57,5% de balles frappés au sol en carrière (l’un des meilleurs de la ligue), et plus d’un strikeout par manche pour la première fois de sa carrière en 2025. Il combine puissance et contrôle, mettant en difficulté les frappeurs adverses qui peinent à s’ajuster.

Les projections ZiPS le voient terminer 2026 avec 10-6, 3.28 ERA en 178.3 manches. S’il reste en forme toute la saison, il pourrait bien décrocher son premier titre de meilleur lanceur de la ligue. Et surtout, il est sous contrat jusqu’en 2030, avec des options club. Pendant que le reste du noyau vieillit dangereusement, Sánchez représente une pierre angulaire stable pour les années à venir.

Dans un monde où Wheeler revient en pleine forme et où Sánchez continue sa progression, les Phillies auraient le meilleur duo de départ de MLB. Mais même si Wheeler peine, Sánchez a prouvé qu’il pouvait porter cette rotation sur ses larges épaules.

Notre prono

Les Phillies se retrouvent dans une situation délicate en 2026. D’un côté, ils ont encore un noyau talentueux capable de gagner 90+ matchs. De l’autre, ce noyau vieillit à vue d’œil et la marge d’erreur est inexistante. Il semble impensable que Dombrowski reste les bras croisés si l’équipe reste dans la course. Avec un Wheeler qui reviendra en cours de saison et un bullpen enfin solide, les Phillies devraient pouvoir se maintenir dans le peloton de tête.

Le vrai problème n’est pas la saison régulière, c’est octobre. Tant que cette équipe ne franchira pas le cap des NLDS, toutes les belles performances de Turner, Schwarber et Harper resteront vaines. Et avec l’âge qui avance, chaque année perdue rapproche un peu plus de la fin du cycle. La NL East sera plus compétitive cette année avec les Braves et les Mets qui veulent rebondir. Les Marlins pourraient même créer la surprise si leurs jeunes se développent bien.

Pour les Phillies, 2026 n’est pas une saison comme les autre, c’est une nouvelle occasion de remporter le titre, une opportunité qu’ils avaient déjà laissée échapper de justesse ces dernières années – Crédit DR.

Les Phillies auront du mal à répéter leurs 96 victoires, et une place de Wild Card semble plus réaliste. Si Wheeler revient en forme, si Schwarber et Harper maintiennent leur niveau, si le bullpen tient le coup et si octobre se passe mieux… alors ce sera une belle saison. Mais c’est beaucoup d’hypothèses pour une équipe qui n’a plus le temps.

86-76. Wild Card #2


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