Ça y’est l’hibernation est terminée ! Après avoir passé l’hiver au coin du feu, il temps de partir au charbon. Et si pour nous sortir de notre torpeur saisonnière, la World Baseball Classic va servir de brise glace, la saison 2026 de MLB sera là pour nous envelopper de sa douce chaleur jusqu’à début novembre. Et pour appréhender au mieux ce nouvel exercice de la crème de la crème du baseball, TSO passe en mode cuistot pour vous servir son plat signature des « 30 franchises en 30 jours ». Chaque jour et – vous l’aurez compris – pendant 30 jours, une équipe sera décortiquée par notre rédaction. C’est maintenant l’heure d’aborder le cas des Phillies, une franchise qui enchaîne les excellentes saisons régulières mais dont le noyau vieillit.
Retour sur 2025
2025 n’a pas dérogé à la règle que semblent s’être fixés les Yankees depuis la saison Covid : être capable de passer en quelques jours de la meilleure équipe de baseball à la pire et inversement. Encore une fois, l’équipe du Bronx a alterné l’excellent et l’exécrable. Mais ce nouveau tour dans les montagnes russes made in Yankees a tout de même terminé, en saison régulière, sur un bon bilan de 94-68, le meilleur bilan à égalité de la Ligue Américaine avec les Toronto Blue Jays, qui finirent premiers de la ligue en faveur des confrontations directes.
Résultat, passage obligé par les Wild Card Series face au rival bostonien, gagné 2 matchs à 1, une série accrochée mais épique, notamment grâce à la performance incroyable du lanceur rookie Cam Schlittler. Puis fin de partie en Division Series face au Blue Jays dont la puissance offensive a pris le meilleur sur les partants du Bronx. Une fin décevante mais logique, tant les Blue Jays semblaient en vouloir bien plus que les Yankees, et ce malgré un Aaron Judge qui, enfin, gardait son niveau de saison régulière en playoffs.

Cette postseason 2025, comme les précédentes, fut la démonstration des frustrations d’une équipe puissante sur le papier mais bancale sur le terrain, entre blessures de joueurs majeurs et stars décevantes. En premier lieu, Devin Williams. Le releveur des Brewers débarqua à New York avec beaucoup d’attentes. On imaginait les fins de matchs démoniaques du bullpen et les battes adverses éteintes sur les trois dernières manches. Cependant, Devin Williams a débuté sa saison en étant une catastrophe en closer. Même s’il a ensuite repris un peu d’aisance sur la butte, il n’a jamais été le closer attendu et a saboté nombre de matchs des Yankees. Couplé au déclin de Luke Weaver, Williams représente à merveille la principale faiblesse de 2025 chez les Pinstripes : le bullpen. Ce qui nécessita une réaction du Front-Office qui eut la bonne idée de trader pour récupérer David Bednar, l’un des meilleurs closers actuels de la MLB, qui afficha un ERA de 2.19 et 10 saves en 22 sorties lors de la saison régulière avec les Yankees, et excellant aussi en postseason, alors la seule assurance de fin de bullpen à ce moment-là.
Malgré les faiblesses du bullpen, les Yankees ont fini avec le meilleur bilan de la Ligue Américaine. Pourquoi ? Sa défense ? Non. Pas vraiment. Les Yankees n’ont pas brillé de ce côté-là, nécessitant là encore quelques trades adroits pour renforcer l’équipe avant la trade deadline, notamment Ryan MacMahon, excellent et spectaculaire 3ème base, dans un infield qui a souvent fait peur en 2025, entre les erreurs de Jazz Chisholm Jr ou Anthony Volpe.
Non, les deux grandes forces des Yankees en 2025 résident ailleurs : la puissance offensive, comme d’habitude, et la rotation, malgré l’absence de Gerrit Cole toujours en convalescence.
Offensivement, l’attaque a été l’une des meilleures de la ligue, si ce n’est la meilleure. Les Bombardiers du Bronx ont terminé en tête de la MLB pour les homeruns (274), RBI (820), Runs (849), OPS (.787), OPS+ (118), SGL (.455), BB (639) et IBB (47). Ils ont également fini 8ème en AVG et vol de bases (notamment grâce à José Caballero, leader MLB en 2025) et 2ème en présence sur base. Des résultats en grande partie dus à une nouvelle saison exceptionnelle d’Aaron Judge (voir plus bas) mais aussi à d’autres joueurs dont certains surprenants.
Il faut savoir que le GM Brian Cashman avait la lourde tâche de remplacer Juan Soto, parti prendre son contrat record aux New York Mets. Pour se faire, les Yankees sont allés chercher quelques stars comme Cody Bellinger et Paul Goldschmidt. Cela ne suffit pas à remplacer un joueur générationnel mais les deux joueurs ont bien fait, notamment Bellinger, qui s’est montré clutch en saison régulière (.348 de moyenne de frappe avec des joueurs en position de scorer). Il a été une des belles additions de la saison, même s’il a disparu comme les autres en postseason. L’autre atout offensif a été Jazz Chisholm Jr qui a sorti une saison 30-30 (au moins 30 homeruns et 30 bases volées). Malgré ses erreurs défensives, il a énormément apporté aux Yankees, tant au bâton que dans son énergie communicative.
Au rang des surprises, il faut citer Trent Grisham et Ben Rice. Le premier a connu sa meilleure saison personnelle au bâton. Là pour solidifier défensivement l’outfield, il a rapidement affiché une production offensive impressionnante. S’il n’a pas maintenu ce rythme sur toute la saison, il est devenu indispensable et titulaire, frappant 34 homeruns et produisant 74 RBI pour .811 d’OPS et une WAR de 3.5. Ben Rice a lui été la belle surprise de la saison. Alors que l’ex-grand espoir des Yankees, Anthpny Volpe, se montrait décevant vis à vis des attentes placées en lui, Ben Rice est apparu comme une lumière au bout du tunnel pour l’avenir du club, étalant sa puissance (26 HR, .499 SLG, .836 OPS). Sa deuxième saison MLB, et première complète, ouvre de belles perspectives pour les Yankees.

La rotation a donc été l’autre force des Yankees, et ce malgré l’absence complète de Gerrit Cole, l’arrivée tardive de Luis Gil ou la blessure en cours de saison de Clarke Schmidt. La première raison à cela est le recrutement de Max Fried à la Free Agency. L’ancien lanceur des Atlanta Braves devait venir jouer les numéros 2 de la rotation mais, avec la blessure de Cole, il a pris la position de numéro 1 et a rempli à merveille son statut d’ace (19-5, 2.86 ERA, WAR de 4.4), menant la MLB au nombre des victoires. Des performances d’autant plus salutaires pour l’équipe qu’il a formé un duo de premier ordre avec Carlos Rodon. Solide mais pas forcément à la hauteur des attentes depuis son arrivée à New York, et enclin à des problèmes de dos chroniques, on ne savait pas si Rodon serait un efficace numéro 2 derrière Fried. Avec un ERA de 3.09 et une fiche de 18-9, Rodon a assuré son rôle de top lanceur.
Derrière ce duo, un Clarke Schmidt solide mais qui se blesse, un retour de Luis Gil en forme de point d’interrogation et deux nouvelles belles surprises issues des espoirs Yankees, Cam Schlittler (voir joueur à suivre) et Will Warren. Ce dernier a été un solide partant de fin de rotation (9-8, 4.44) dans une situation où il n’était pas attendu de lui en demander autant.
Puissance offensive et rotation solide ont permis aux Yankees d’exceller par moment ou de rebondir dans les périodes difficiles de l’équipe. Mais ces deux points forts ayant disparu en Division Series, la fin de saison arriva logiquement face aux Blue Jays.
Qu’attendre pour 2026 ?
L’intersaison des Yankees a été plutôt calme. Pas de trade tonitruant ou de signature de grande star, si ce n’est le retour de Cody Bellinger. Le club a surtout fait le ménage en relève en laissant partir plusieurs lanceurs comme Devin Williams, Mark Leiter Jr, Ian Hamilton ou encore Jonathan Loaisiga.

La seule arrivée notable est le lanceur Ryan Weathers, passé par les San Diego Padres et les Miami Marlins (2025 : 2-2, 3.99 en 8 matchs, blessé une partie de la saison), qui va amener de la profondeur à une rotation prometteuse mais handicapée par plusieurs blessés. Gerrit Cole devrait revenir plus tôt que prévu, en mai ou en juin si tout va bien. Carlos Rodon sera lui disponible entre la fin avril et début mai. Potentiellement, Clarke Schmidt pourrait revenir plus tôt que prévu également. Alors qu’on pensait son retour pour la saison 2027, il a des chances de faire son retour en fin de saison. En attendant, le manager Aaron Boone dispose de Weathers et de trois jeunes lanceurs : Luis Gil, Cam Schlittler et Will Warren. Rookie de l’année 2024, Luis Gil a connu un retour compliqué en 2025 suite à une blessure. Si ses stats classiques étaient plutôt bonnes, ses stats avancées étaient plus inquiétantes. Il faudra donc voir quel Luis Gil, les Yankees vont récupérer. Malgré tout, il restera probablement un partant solide, comme Will Warren pour occuper la fin de rotation.
La grande question entoure surtout Cam Schlittler, le facteur X de cette rotation. Mais avec les retours de Rodon puis Cole, éventuellement Schmidt, et selon leur état de forme post-blessure, la rotation des Yankees pourrait être élite, voire la meilleure de la MLB. Imaginez une rotation à 6 comprenant Cole, Fried, Rodon, Gil, Schlittler, Weathers ou Warren. Cela peut envoyer une très lourd.
Reste à savoir comment se tiendra le bullpen. Après avoir fait le ménage, le club n’a pas énormément recruté. Pas de gros noms en tout cas. Le bullpen va donc se concentrer sur des joueurs déjà présents en 2025 pour son cœur de releveurs, David Bednar en tête pour le rôle de closer. Derrière, de solides releveurs comme Fernando Cruz, Ryan Yarbrough, Camilo Doval ou Tim Hill. Il n’est pas impossible que les Yankees aillent chercher un autre releveur élite durant la saison pour aider Bednar dans les fins de match à moins qu’un releveur déjà présent fasse une Clay Holmes ou une Luke Weaver en se révélant super dominant sur une ou deux saisons.
Côté joueurs de position, pas de changement non plus. L’équipe est reconduite à l’identique. Aaron Judge aura encore la mission de mener l’attaque. Cody Bellinger et Paul Goldschmidt sont de retour et devraient l’aider dans sa mission, même si Goldy aura surtout la mission d’encadrer en 1ère base Ben Rice qui sera très attendu pour sa puissance mais aussi sa capacité à devenir le 1ère base titulaire des Yankees pour les prochaines années. Jazz Chisholm Jr, qui occupera la 2ème base, aura aussi un rôle de pilier de l’attaque, lui qui vise le club des 40-40. Austin Wells, receveur de la All-WBC Team après ses performances avec la République Dominicaine, apportera aussi sa puissance au bâton ainsi que son excellence défensive. En 3ème base, Boone n’attendra pas grand-chose de McMahon au bâton mais il sécurisera la défense dans le hot corner. José Caballero remplacera Anthony Volpe le temps que ce dernier revienne de son opération à l’épaule en mai. Volpe a essuyé de nombreuses critiques l’an dernier. La saison 2026 pourrait être décisive pour le jeune arrêt-court. S’il reste un atout de puissance, son inconstance au bâton et ses multiples erreurs en défense pourrait le sortir des titulaires voire du club.
En outfield, Aaron Judge sera accompagné de Cody Bellinger et Trent Grisham. Ce dernier a connu une saison offensive au-delà des espérances en 2025. Pourra-t-il renouveler la performance ? Derrière lui, Jasson Dominguez et Spencer Jones attendront leur heure, même si les deux devraient débuter en AAA la saison actuelle. Enfin, Giancarlo Stanton sera le DH attitré lui qui a, pour une fois, raté sa postseason, après avoir montré de belles choses en saison régulière malgré un temps de jeu limité par les blessures (.273 AVG, 24 HR, 66 RBI, .944 OPS en 77 matchs). Nul doute que les Yankees signeraient pour ce niveau de jeu sur une saison entière de la part de leur super slugger sur le déclin. Amed Rosario devrait compléter le banc avec Randal Grichuk en attendant le retour d’Oswaldo Cabrera.
Pour la suite, en plus de la progression de Jasson Dominguez et de Spencer Jones, il faudra suivre les possibles débuts de Carlos Lagrange, le top prospect n° 2 des Yankees, qui a montré tout son potentiel lors du spring training (0.66 ERA et 13K en 13.2 IP) avec une fastball à 103.1 mph.
La star : Aaron Judge

Le MVP 2025 a encore sorti une saison offensive pour l’Histoire. Disposant d’une WAR de 9.7 (1er MLB) et ayant frappé 53 HR, il a mené la MLB en moyenne de frappe (.331), OBP (.457), SLG (.688), OPS (1.144), OPS+ (215) et IBB (36), tout en menant l’American League en runs (137) et BB (124). Il a été monstrueux, encore, tout simplement. Et sa monstruosité offensive n’a pas cessé en postseason. Cette fois-ci, on a eu droit au Aaron Judge de saison en octobre. Malheureusement, il fut tout seul alors que l’attaque Yankees s’effondrait. Néanmoins, il nous gratifia d’un 3-run homerun égalisateur dans le match 3 des ALDS, frappant une fastball intérieure haute à 100 mph pour l’amener sur le poteau jaune des fausses balles, un lancer si rapide et si bien placé qu’en faire un homerun était quasi-impossible. Aaron Judge l’a fait.
Peut-il aller gagner un nouvel MVP ? Le meilleur frappeur actuel du baseball en a largement les moyens. Même si sa fin de World Baseball Classic a fait renaître les critiques sur son manque d’efficacité dans les matchs qui comptent, il a su rappeler en demi-finale face à la République Dominicaine qu’il n ‘était pas qu’un frappeur élite mais aussi un défenseur de haut niveau, avec notamment un laser beam à 95.7 mph pour éliminer Tatis Jr en 3ème base depuis son champ droit. Un lancer défensif plus rapide que ceux mesurés dans l’ensemble de la MLB sur la saison dernière. Judge est en forme et il l’a fait savoir lors de cette WBC.
Le joueur à suivre : Cam Schlittler
Venu faire une pige en MLB, pour se faire les dents, le rookie Cam Schlittler a connu des débuts extraordinaires dans le Show. Terminant la saison régulière avec une fiche de 4-3, un ERA de 2.96, 84 K en 73 IP pour 14 matchs, tous startés, le jeune lanceur de 23 ans avait déjà tout du rookie prometteur. Pourtant, Schlittler haussa encore les attentes. Bien plus haut. Il fut tout simplement l’une des grandes révélations de la postseason. Tout d’abord dans le match 3 des Wild Card Series. Dans un match décisif face aux Red Sox, il a sorti une performance rare pour un lanceur rookie en playoffs. Huit manches de pure beauté, une domination grandissante les innings passant, 12 strikeouts, aucun BB, aucun point concédé. La pression d’un tel match semblait couler tranquillement sur les épaules du rookie pour une des performances individuelles les plus époustouflantes que le rédacteur de ses lignes ait pu voir dans le baseball.
Forcément, le natif de Boston sera plus qu’attendu, tant par les fans que les frappeurs adverses. Pourra-t-il tenir la pression dans une franchise qui a connu quelques déceptions avec ses pépites du monticule ces dernières années et qui aurait bien besoin d’un top lanceur issu du farm-system pour construire sereinement l’avenir ?

Le prono (93W/69L)
Difficile de pronostiquer cette AL East 2026 et donc ce que les Yankees vont produire comme performance collective. La concurrence sera rude avec les Blue Jays, les Red Sox et les Orioles. Si les Blue Jays semblent être les favoris de la division, il y aura probablement une lutte à trois voire à quatre pour celle-ci. Les Yankees ne démarrent pas avec leur meilleure rotation et il y a encore des doutes sur comment sera Cole à son retour, le niveau actuel de Gil et Volpe, la pression sur Schlittler ou encore la capacité de Grisham de faire aussi bien ou presque qu’en 2025. Mais reste que les Yankees ont le meilleur frappeur du baseball, un lineup puissant et talentueux qui se connaît bien, une rotation qui a le potentiel d’être top 1 MLB en cours de saison, et l’un des meilleurs closers de la ligue. Si la défense s’améliore et que le bullpen tient le choc, les Bronx Bombers pourront aller chercher la tête de la division et le titre. Mais les trous d’air habituels quand l’été arrive vont probablement faire en sorte que les hommes du Bronx en passeront plutôt par la Wild Card, échouant à prendre la première place de la division à un ou deux matchs.

