
Ça y’est l’hibernation est terminée ! Après avoir passé l’hiver au coin du feu, il temps de partir au charbon. Et si pour nous sortir de notre torpeur saisonnière, la World Baseball Classic va servir de brise glace, la saison 2026 de MLB sera là pour nous envelopper de sa douce chaleur jusqu’à début novembre. Et pour appréhender au mieux ce nouvel exercice de la crème de la crème du baseball, TSO passe en mode cuistot pour vous servir son plat signature des « 30 franchises en 30 jours ». Chaque jour et – vous l’aurez compris – pendant 30 jours, une équipe sera décortiquée par notre rédaction. On part prendre le soleil à San Diego. Les Padres sont une équipe bâtie pour gagner mais qui semblent toucher son plafond saison après saison.
Retour sur 2025
72 matchs sur 81 à guichets fermés… près de 3,5 millions de supporters en cumulé… Petco Park a vibré la saison dernière. Des marques records pour la franchise pleine d’ambitions. Et qui ne pouvait pas mieux commencer l’exercice 2025 qu’avec ce record de 15 victoires pour 4 petites défaites. Les Padres ont joué les premiers rôles tout au long de la saison, au point d’être encore en tête de la NL West au 23 août, une première depuis 2010. Ils ont finalement cédé le titre sur la fin aux Dodgers, terminant 2e avec un bilan de 90-72, la 2e saison consécutive à au moins 90W (record de franchise) et le 6e meilleur bilan de leur histoire.
Ce n’est pas faute d’avoir disposé du meilleur bullpen de toute la Ligue. Quand vous étiez menés face aux Padres en 6e ou 7e manche, bon courage pour renverser le match. La relève californienne affiche la meilleure ERA collective de MLB (3.06), le meilleur WHIP (1.15) et le plus grand nombre de saves (49). Ces gros bras ce sont Robert Suarez, Adrián Morejón, Jason Adam, Jeremiah Estrada, David Morgan, Wandy Peralta, Yuki Matsui et bien sûr l’acquisition majeure de la Trade Deadline : Mason Miller. Les Padres n’ont pas hésité, encore une fois, à sacrifier leur Farm System en envoyant en échange Leo deVries chez les Athletics. A même pas 19 ans au moment du trade, le Dominicain est sans doute le plus gros prospect jamais échangé à la Deadline. En attendant de voir ce que deVries fera en MLB (on l’attend plutôt en 2027-2028), Miller a été époustouflant sous ses nouvelles couleurs ; une ERA de 0.77 en 22 matchs, 45K et seulement 7 hits concédés en 23 manches.
Le superbe bullpen a bien aidé une rotation handicapée par de nombreuses blessures : Joe Musgrove n’a pas joué de la saison, Yu Darvish l’a commencé tardivement en raison d’une inflammation au coude et Michael King a raté pas loin de 3 mois de compétition! Il a fallu s’en remettre à la meilleure saison en carrière de Nick Pivetta (voir plus bas), et aux arrivées à la Deadline de JP Sears (dans le trade pour Miller avec les A’s) et de Nestor Cortes Jr. (en provenance des Brewers).
Si le pitching a tenu le choc, l’attaque a elle été en-dessous des attentes. Les Padres ont fini 13e de MLB en nombres de hits avec 1 369, c’est pas trop mal, mais 945 étaient des simples. Pour une équipe qui comptait des gros bras comme Tatis, Machado, Merrill, Bogaerts ou Laureano (arrivé à la Deadline), seulement une 28e place pour les homeruns (152) et une 22e en slugging (.390).
Alors oui, Fernando Tatis Jr. est toujours aussi électrique, agréable à voir jouer, auteur d’actions défensives de grande classe, élu pour le All-Star Game sans aucune discussion… mais ses chiffres offensives sont sur la pente déclinante saisons après saisons. Si l’on s’en tient juste à son OPS c’est .770/.833/.814 ces 3 dernières années, alors qu’il n’était pas descendu sous les .930 pour ses trois premières dans la Ligue (saisons complètes sans parler suspension et blessures). Après deux premiers mois MVPesque dans les pas de son équipe qui marchait sur l’eau, le Domincain est rentré dans le rang. Son slugging de .446 est son plus bas en carrière. Il n’a que 26 ans et ses meilleures années ne sont peut-être pas derrière lui, mais attention à ne pas encore régresser. Les Padres ne peuvent pas se le permettre.
Autre bémol : Jackson Merrill. Arrivé dans la Ligue en 2024 en fanfare avec ses actions défensives incroyables en champ centre et ses homeruns clutch de fin de matchs (2e au vote de Rookie de l’année), il n’a pas du tout confirmé. Alors bien sûr, il a fait des allers-retours à l’infirmerie (blessures aux adducteurs, commotion cérébrale, cheville), ça n’aide pas à avoir de la constance. On va espérer que sa résurgence de septembre (7HR et une wRC+ de 160) est un signe positif pour l’exercice à venir (même si c’était contre du bad pitching (Orioles, White Sox, Rockies).
La satisfaction offensive de 2025 est venue de Gavin Sheets, arrivé dans l’anonymat ou presque en provenance des White Sox. Il faut dire que ses stats à Chicago ne plaidaient pas en sa faveur : .230 de moyenne sur 4 saisons avec une OPS+ de 90 (moyenne MLB à 100) et même une WAR négative de -2.8. A San Diego, il a modifié sa position au bâton et a connu sa meilleure saison en carrière avec une slashline de .252/.317/.429, 19HR et 71 RBI.
Et puis bien sûr un mot sur l’inamovible Manny Machado, pour la 8e fois de sa carrière présent dans le vote final du MVP de la saison. Une nouvelle sélection au ASG et un nouveau Silver Slugger Award (le 2e consécutif, le 3e en carrière. Une slashline de .275/.335/.460 avec un OPS de .795, 27HR et 95RBI. Et puis Manny c’est toujours une défense de grande malade sur sa 3e base (on a d’ailleurs vu qu’il était chaud avec des actions de grande classe lors de la World Baseball Classic).
La saison 2025 des Padres s’est arrêtée en Wild Card Series face aux Cubs avec une défaite 2 matchs à 1. Forcément beaucoup de regrets de ne pas au moins disputer les Division Series. Face à cet échec, le manager Mike Schildt a décidé de se retirer. Place donc à un nouveau coach et des ajustements dans l’effectif.
Qu’attendre pour 2026?
Commençons par les départs : celui qui va piquer le plus c’est celui de Dylan Cease pour Toronto. Ce qui laisse pas mal de questions sur la rotation, nous y reviendrons dans un instant. Le bullpen perd aussi une de ses pièces majeures en la personne de Robert Suarez, parti aux Braves. La machine à hits, Luis Arraez, a quitté San Diego sans pour autant quitter la Californie en rejoignant les San Francisco Giants. Arrivé à la Deadline, Ryan O’Heran en repart déjà, direction les Pirates. Les Padres vont moins regretter José Iglesias après sa saison cata en 2025.
La première recrue hivernale c’est bien sûr le nouveau manager : Craig Stammen. Plutôt une surprise car un trio de favoris se dégageait pour le poste (Albert Pujols, le pitching coach Ruben Niebla, l’ancien catcher Nick Hundley) et l’ancien releveur n’en faisait pas vraiment partie. Un contrat de 3 ans pour celui qui n’est pas un inconnu du front office et de la fanbase de San Diego. Stammen a passé 6 ans dans le bullpen de la franchise (de 2017 à 2022) sur ses 13 ans en MLB. Au moment de sa retraite en 2023, il a intégré l’organisation (coaching staff puis front office). On sera curieux de voir comment il s’adapte à cette nouvelle fonction car il n’a jamais dirigé d’équipe jusque-là. Mais il a au moins l’avantage de prendre en main un effectif dense et ambitieux.
Confronté au départ de Cease, le front office ne pouvait pas se permettre de perdre Michael King. Mission accomplie avec une prolongation de contrat de 3 ans pour 75 millions de dollars. Joe Musgrove est toujours sous contrat mais c’est presque une arrivée tant il a manqué en 2025. Il devrait revenir dans la rotation avant le All-Star Break.Trois lanceurs viennent compléter l’effectif et on peut parler de trois paris à tout petit prix. D’abord Walker Buehler, l’ancien prodige des Dodgers, qui a bien du mal à se relancer après de grosses blessures (Minor League deal). Ensuite Griffin Canning qui se remet lui aussi d’une blessure (rupture du tendon d’Achille) mais qui pourrait apporter un boost à son retour (1 an, 2,5M$). Enfin German Marquez qui pourrait profiter du changement d’altitude entre Denver et San Diego pour ne plus concéder une pelletée de longues balles (1 an, 1,75M$).
Pour les joueurs de champ, on peut aussi parler de pari. D’abord celui de la transition KBO -> MLB avec Sung-Mun Song (voir plus bas). Celui de la rédemption avec Nick Castellanos : l’outfielder a été mis à la porte par les Phillies après une saison 2025 décevante (.250/.294/.400) et à ce qu’on a compris entre les lignes des problèmes d’attitude et de comportements. A 34 ans et en signant au minimum vétéran (1 an, 780 000$), il va tenter de se refaire une image et de nous claquer quelques bombes à Petco en sortie de banc. Et puis Miguel Andujar qui sort de son meilleur exercice depuis 2018 (alors avec les Yankees). On ne l’attendait plus vraiment à un tel niveau : .318/.352/.470 en 98 matchs avec les Athletics et les Reds. Sans imaginer de pareilles stats, il peut apporter de l’offense (1 an, 4M$).
Pour le reste de l’effectif. Freddy Fermin sera titulaire derrière le marbre, lui qui a longtemps été la doublure de Salvi Perez à KC. Arrivé lors de la dernière Trade Deadline, il a beaucoup plu à l’encadrement. L’ancien top prospect de la franchise, Luis Campusano, sera le catcheur numéro 2. On attend toujours sa vraie saison référence. Il a été bon la saison dernière pendant sa relégation en Triple A : AVG .336, OPS 1.036. Manny Machado, Xander Bogaerts, Jake Cronenworth et Gavin Sheets devraient composer l’infield. Avec les options en 1B Castellanos ou Ty France, sans contrat, qui dispute actuellement le Spring Training avec les Padres, et celles en 3B de Song ou Andujar. Pour l’outfield : Fernando Tatis Jr., Jackson Merrill et Ramón Laureano en titulaires. Castellanos aussi dans le mix ainsi que Bryce Johnson.
Enfin concernant le pitching crew. On a parlé des arrivées qui viennent compléter la rotation dont semblent faire partie King, Pivetta, Musgrove et Vazquez. Stammen va ensuite devoir faire ses choix en fonction des retours de blessures et de ce qu’il aura vu pendant le Spring Training. Malgré la perte de Suarez, le bullpen californien devrait encore être l’un des tout meilleur de MLB avec les Mason Miller, Adrian Morejon, Jeremiah Estrada, David Morgan, Wandy Peralta, Kyle Hart, Logan Gillaspie… en attendant les retours de blessures de Jason Adam et Yuki Matsui.
Le joueur à suivre : Sung-Mun Song
Nouveau venu en MLB, Sung-Mun Song (30 ans) vient renforcer le contingent coréen dans la ligue américaine. Il s’est engagé pour 4 ans et 15 millions de dollars.
Joueur de 3e base, il vient de vivre deux dernières saisons excellentes dans le championnat national (KBO) sous le maillot des Kiwoom Heroes. En 2024 : une slashline de .340/.409/.518 avec un record en carrière de 19 homeruns et 21 bases volées… pour faire finalement encore mieux en 2025 : 26HR et 25SB associés à une slashline .315/.387/.530 en 144 matchs.
L’inquitéude autour de Song c’est que ces deux saisons étaient en fait bien au-dessus de sa production régulière. Très bon défenseur, il était un batteur moyen, voire avec des moyennes en-dessous de celle de la Ligue. Epargné par les blessures (avant 2024, il n’avait pas joué plus de 105 matchs dans une saison), il a pu améliorer son jeu offensif… mais pourra-t-il être impactant en MLB c’est toute la question. Il fera sans aucun doute partie des joueurs à suivre.
La star : Nick Pivetta
Trop évident de choisir Machado ou Tatis et avec le départ de Cease pour le Canada, il faut creuser un peu… mais le choix de Pivetta est finalement logique au regard de ses performances 2025. Signé au premier jour du Spring Training 2025, le lanceur canadien s’est révélé être l’ace d’une rotation en lambeaux entre blessures et inconstance.
Lors de ses huit saisons précédentes en MLB, Pivetta n’était jamais descendu sous les 4.00 de ERA… jusqu’à 2025 et cette marque superbe à 2.87. En signant en plus le plus grand nombre de manches de sa carrière : 181.2 (179.2 en 2022 avec les Red Sox) ; et aussi son nombre de strikeouts le plus élevé : 190 (188 en 2018 avec les Phillies) ; et aussi son plus grand nombre de victoires : 13 (10 en ’22 et ’23). Une saison récompensée par une belle 8e place au vote du Cy Young Award pour la National League.
A.J Preller et ses équipes ont eu du flair sur ce coup là car un Ace sous contrat pour 4 ans à 55 millions de dollars, ça ne se voit pas dans beaucoup de grosses franchises.
Avec le départ de Cease, les incertitudes autour de Darvish, les précautions qui seront prises autour des retours de blessures de KIng et Musgrove, les recrutements – certes nombreux mais dont les retombées sont incertaines – Pivetta apparait comme la valeur la plus sûre de cette rotation. D’autant qu’il n’est que très rarement blessé. La désignation comme lanceur partant pour l’Opening Day lui tendait les bras… mais son Spring Training ne se passe pas comme espéré. Victime d’une « arm fatigue », Pivetta est contraint de moins lancer. Ce qui pourrait lui coûter le match contre Detroit le 26 mars mais pas beaucoup plus. Très curieuse en tout cas de voir si Pivetta peut confirmer son très bel exercice 2025.
Le prono
Cette équipe bâtie avec de très gros moyens ces dernières saisons n’a toujours pas connu le succès et semble plafonner autour des Wild Card Series ou Division Series. Est-ce l’année pour faire mieux? Comme pour d’autres, il faudra d’abord passer l’éceuil de sa propre Division où 4 franchises ont des ambitions (Padres + Dodgers, Giants, DBacks). Il ne faudra pas faire moins de 90 victoires pour voir le mois d’octobre. Bilan 90-72, Wild Card.
