
Ça y’est l’hibernation est terminée ! Après avoir passé l’hiver au coin du feu, il temps de partir au charbon. Et si pour nous sortir de notre torpeur saisonnière, la World Baseball Classic va servir de brise glace, la saison 2026 de MLB sera là pour nous envelopper de sa douce chaleur jusqu’à début novembre. Et pour appréhender au mieux ce nouvel exercice de la crème de la crème du baseball, TSO passe en mode cuistot pour vous servir son plat signature des « 30 franchises en 30 jours ». Chaque jour et – vous l’aurez compris – pendant 30 jours, une équipe sera décortiquée par notre rédaction. On s’intéresse aujourd’hui aux Cleveland Guardians, toujours compétitifs malgré les moyens limités, mais toujours plafonnés aussi dans leurs ambitions.
Retour sur 2025
Pour la 3e fois en 4 ans, pour la 6e fois en 10 ans, les Cleveland Guardians ont remporté le titre de la Division Centrale de la Ligue Américaine. Et pourtant, c’était loin d’être une évidence. Au 1er septembre, ils affichaient un bilan de 68-67 et regardaient de loin les Detroit Tigers filer vers la bannière. Mais un exceptionnel mois de septembre avec 20 victoires pour 7 petites défaites, associé à la dégringolade de la franchise du Michigan, offrait donc à Cleveland le titre et la place en postseason.
Une qualification acquise malgré une différence de points de -6! C’est pire que sept équipes MLB qui elles n’ont pas vu le mois d’octobre. Car les Guardians ont confirmé en 2025 leur double visage : nuls en attaque, excellent en pitching/défense. La slashline moyenne de l’équipe : .226/.296/.373. 28e de la Ligue en nombre de points marqués (643) et en wRC+ (87, alors que la moyenne MLB est à 100), ils sont même 29e en AVG, présence sur bases et slugging! Seuls ont émergé de ce marasme offensif José Ramirez, Kyle Manzardo et Steven Kwan.
Le Dominicain a encore signé une saison MVPesque et son dossier de meilleur joueur de l’histoire de la franchise grossit chaque année un peu plus. En 2025, le joueur de 3e base a aligné une slashline de .283/.360/.503 avec 133 de wRC+ et 6.3 de WAR en 158 matchs. Ajoutez à cela une 4e saison à plus de 30HR et la bagatelle de 44 bases volées en 51 tentatives. Évidemment All-Star et Silver Slugger, il monte pour la 4e fois de sa carrière sur le podium du AL MVP (3e place comme en 2017 et 2018 + 2e place en 2020). Il est évidemment LA star de cette équipe (même si pour ne pas être répétitive d’une saison sur l’autre, je vous parle un peu plus loin de Steven Kwan). Kyle Manzardo a accompagné ce duo, compensant – un peu – la perte à l’hiver précédent de Josh Naylor. Pour sa première saison complète (après 47 matchs en 2024), le première base/DH moustachu a certes plafonné en terme de moyenne (.234) mais il a frappé 27HR et 19 doubles pour un OPS+ de 110. Derrière ce trio, c’est le désert : Angel Martinez, Gabriel Arias, Daniel Schneemann, Bo Naylor, Nolan Jones, Brayan Rocchio et Austin Hedges ont accumulé 2757 apparitions au bâton pour une slashline cumulée de .212/.280/.346!
Comme de coutume à Cleveland, c’est le pitching (en plus de José) qui a tenu la baraque. Après un premier mois difficile, Gavin Williams a assumé son statu d’Ace à partir de mai : une ERA de 2.64 sur ses 25 derniers starts (et même 1.74 sur les 5 derniers!). Tout en retirant sur prises un quart des batteurs affrontés. Attention quand même à ses chiffres, mauvais, en walks : 83 buts sur balles accordés, soit le plus haut total en MLB. Pour sa 3e saison dans la ligue, Williams a brillé sur sa (malheureusement) seule sortie de postseason : 6IP, 8K, 1ER lors du Game 1 face aux Tigers. Williams c’est 31 starts et 12 victoires sur la saison 2025… les mêmes totaux que Tanner Bibee. Auteur de 2 matchs complets, ce dernier a signé une ERA de 4.24 avec 162K en 182IP. 3e homme de cette rotation : Logan Allen. 29 départs, ERA 4.25, 8 victoires et 11 défaites. Slade Cecconi, arrivé des DBacks dans l’échange pour Naylor, a été solide (23 starts, 7-7, ERA 4.30). Dans le bullpen, la satisfaction est venue de Cade Smith. Certes une ERA en hausse entre 2024 et 2025 (1.91 à 2.93) mais toutes les autres données en progression. Une WAR de 2.7 sur 2025, soit la meilleure des releveurs MLB (devant Aroldis Chapman), la 2e FIP (1.95) et le 5e plus gros total de sorties (76). Plus de responsabilité aussi avec 16 matchs sauvés dont 13 dans les deux derniers mois de la saison pour palier à l’absence d’une figure des Guardians ces dernières années.
Car comment ne pas évoquer les suspensions fin juillet de Luis Ortiz et surtout de celui qui était considéré comme le releveur numéro 1 de MLB Emmanuel Clase pour des histoires de paris illégaux. Mais encore une fois, la magie Stephen Vogt a opéré. Il a réussi à totalement réorganiser son bullpen et faire d’une équipe en 52-53 au moment de la suspension de Clase, une participante aux playoffs. Puisqu’on parle de Vogt, félicitations pour un deuxième titre consécutif de Manager de l’année en American League (comme son homologue Pat Murphy en National league, une première dans l’histoire des trophées de la Ligue).
La saison des Guardians s’est terminé au Game 3 des WC Series face aux Tigers, une défaite 6-3 dans le match décisif. Inespéré, ce run de playoffs a finalement laissé un goût amer à l’équipe et à ses supporters. Car on a encore eu le sentiment d’atteindre un plafond de performances avec cette équipe aux moyens financiers limités. Et la situation n’est pas prête de changer…
Qu’attendre de la saison 2026
Aussi fou que cela puisse paraitre, le payroll global de l’équipe (ensemble des salaires) va être encore moins élevé en 2026 qu’il ne l’était en 2025. Ce sera même le plus faible de la franchise depuis 2021 et les coupes nécessaires après les pertes de la saison Covid. Conséquence d’un recrutement très limité face à de nombreux départs. Ces départs ce sont ceux de Jakob Junis, Lane Thomas, Will Brennan, Nic Enright, Jhonkensy Noel et John Means. Aucun joueur majeur vous me direz, mais quand on est un tout petit marché comme les Guardians, chaque départ compte pour l’équilibre financier et sportif.
Et les arrivées sont bien moins nombreuses : le catcher Hedges conservé pour 4 millions de $ (contrat d’un an) et sinon seulement celles des lanceurs Shawn Armstrong (5,5M$, 1 an), Colin Holderman (1,5M$, 1 an) et Connor Brogdon (900 000$, 1 an). Armstrong arrive d’une bonne saison dans le bullpen des Rangers. Il est rarement blessé mais connait des exercices irréguliers d’une année à l’autre. Le bullpen devrait resté une force pour cette équipe. Comme sa rotation inchangée que Vogt devra faire tourner autour de Williams, Bibee, Allen, Cecconi, Parker Messick et Joey Cantillo.
Le move majeur des Guardians cet hiver a été de prolonger sa star José Ramirez : quatre années pour 106 millions qui s’ajoutent au contrat actuel de 3 ans et 69M$) avec 70M d’argent différé, ce qui permet de faire baisser la facture sur 2026! Je rêve de voir l’infielder dominicain remporter le trophée de MVP d’ici la fin de sa carrière (il a 33 ans) et je rêve aussi de le voir aller loin en postseason avec cette équipe, son équipe.
Sans recrue majeure pour les joueurs de champ (en attendant la fin du Spring Training et des contrats éventuellement offert à des joueurs invités), Vogt va donc s’appuyer sur son noyau de l’an dernier et espérons surtout qu’il aura bossé offensivement à l’intersaison. Finir encore dans le bottom de la Ligue en moyenne, points and co. ne leur permettra pas de rejoindre la postseason tous les ans.

Cet apport offensif pourrait venir de George Valera qui a disputé sa première quinzaine de matchs MLB en 2025 et surtout de Chase DeLauter. Premier tour de Draft en 2022, il est couvé dans le Farm System mais n’a pu disputer que 138 matchs de Minor League en raison d’accumulation de blessures. L’outfielder a découvert la MLB en postseason, ce n’est pas banal (6e joueur de l’histoire à connaître pareille expérience) et on attend de le revoir en régulière. On attend aussi fort, fort, fort un deuxième base australien…
Le joueur à suivre : Travis Bazzana
Sur les 20 dernières années, seuls 20 joueurs de nationalité australienne ont joué au moins un match MLB. Seuls 3 de ces 20 joueurs affichent une WAR en carrière supérieure à 1.0 : Liam Hendriks, Peter Moylan et Grant Balfour, trois releveurs. C’est dire le rôle de pionnier qu’incarne Travais Bazzana
Le jeune homme, aujourd’hui âgé de 23 ans, est déjà entré dans l’histoire de son pays en devenant le premier natif d’Australie choisi au premier tour d’une Draft MLB. Mais, il a fait même mieux en étant retenu en numéro 1 par les Cleveland Guardians en 2024. Deux ans plus tard, le voilà qui toque à la porte de la Grande Ligue.
Le jeune Travis a beaucoup pratiqué les deux sports rois de son pays, le rugby et le cricket, avant de se tourner vers le baseball que son père pratiquait. Et malgré le peu de copains d’école avec qui partager sa passion (le baseball ne se jouant qu’en club en Australie et pas au coin de la rue comme aux Etats-Unis), il a très vite grimpé les échelons. Jusqu’à rejoindre la fac d’Oregon State pour jouer en NCAA. Et pas de problème d’acclimatation entre l’Australie et les USA avec une première année réussie (.306/.425/.478, 6HR, 44RBI en 63 matchs), une deuxième encore meilleure (.374/.500/.622, 11HR, 55 RBI et un record pour Oregon de 36 bases volées en 61 matchs) et une troisième en apothéose avec les meilleurs moyennes au bâton, en présence sur bases, en slugging, en HR, en points inscrits et en walks de la Pac-12 Conference, de laquelle il fut nommé meilleur joueur de la saison en 2024.
L’étape suivante c’était donc la Draft et le nom de Travis Bazzana appelé en premier par Bob Manfred. Premier Australien premier choix on l’a dit, premier joueur de 2e base aussi, et 2e premier choix de la fac d’Oregon State après Adley Rutschman en 2019. Un contrat de près de 9 millions signé avec les Guardians et des débuts pros dès la fin juillet en High A conclus par le titre de la Midwest League (AVG .238, 3HR, 12RBI, 5SB en 27 matchs). Bazzana a connu 3 échelons en 2025 : Rookie (7 matchs), Double A (51) et Triple A (26). Une saison amputée de deux mois de compétition à cause d’une blessure aux obliques mais au cours de laquelle il va signer une slashline moyenne de .245/.389/.424 avec un OPS de .813, 9HR, 39RBI, 12S, 66BB. Il devrait regoûter à l’adversité de la Triple A pour commencer la saison 2026 mais on ne tardera pas à le voir en MLB surtout après ses performances à la World Baseball Classic.
Après avoir représenté l’Australie à la Coupe du Monde U18 en 2019 puis U23 en 2022, Travis Bazzana a connu les joies de la World Baseball Classic il y a quelques jours. Et il s’est fait remarquer dès le match inaugural avec deux hits dont un HR face à la République Tchèque. Bien partie dans le tournoi avec 2 victoires en 2 rencontres, l’Australie s’est finalement arrêtée dès la phase de poules. Dommage, on aurait bien aimé voir comment se comportait Travis dans un match à fort enjeu. Hâte de le voir en MLB.
La star : Steven Kwan
Ce n’est pas fait exprès mais notre 2e focus sur un joueur des Guardians sort lui aussi de la fac d’Oregon State! Steven Kwan a tracé la voie à Bazzana lors de la Draft 2018, choisi lui au 5e tour.
Chez les Beavers, le Californien a connu un début de formation difficile, expliquant ne pas se sentir à l’aise au milieu des top players de l’équipe. Il a été suivi par un psy, est resté loin des terrains pendant deux mois avant de revenir plus fort ! Jusqu’à atteindre une très belle slashline de .355/.463/.457, 41RBI, 14SB pour sa 3e année (junior) en 2018. Leadoff devant Nick Madrigal (#4 de la Draft, Cubs), Trevor Larnach (#20, Twins) et Rutschman (#1 en 2019, Orioles), Kwan et les Beavers décrochent le titre national NCAA en 2018.
Kwan, à la double ascendance chinoise et japonaise, signe sa première saison complète en 2019 en Single A : 123 matchs, une moyenne de .280, 39 RBIs et 26 doubles. Une formation en Minor League malheureusement interrompue en 2020 par le Covid mais reprise en 2021, ave succès, entre Double et Triple A : 77 matchs et une slashline de .328/.407/.527, 12HR, 44 RBI. En novembre, les Guardians intègrent Kwan à leur roster de 40 joueurs, l’invitent au Spring Training de 2022 et ont fait même un titulaire pour l’Opening Day au poste de champ droit face aux Royals (1er hit en carrière).
Et Kwan fait des débuts fracassants : 15 arrivées sur base sur ses 4 premiers matchs et un match à 5 hits dès son 3e! Impressionnant de contrôle et de discipline, l’outfielder ne swingue jamais pour rien, ou presque. Il faudra attendre le 116e pitch lancé sur lui pour qu’il encaisse un swinging strike! Logiquement nommé Rookie du mois d’avril, il récidive en septembre et termine sur le podium du vote final derrière Julio Rodriguez et son ancien partenaire de fac Adley Rutschman grâce à des stats de .298/.373/.400, 6HR, 52 RBI, 19SB et 25 doubles en 147 matchs. Ses 62 walks pour 60K font de lui le premier rookie à signer plus de buts sur balles que de strikeouts depuis Dustin Pedroia en 2007. Il reçoit en plus le Gold Glove pour ses performances défensives en champ gauche.
Kwan ne frappe pas 50HR par saison, n’est pas à l’affiche de toutes les promos de la MLB, mais Kwan est un remarquable joueur qui prend très peu de strikeouts, vole des bases, a remis en avant l’art du small ball sa force et dont la constance est le maître mot. Ces saisons 2023, 2024 et 2025 sont du même acabit que celle rookie en 2022 : un Gold Glove (ça fait donc 4 en autant d’années de présence en MLB, on appelle ça une Arenado). Les Guardians lui doivent beaucoup dans leur réussite. Si des rumeurs l’ont envoyé hors de l’Ohio à la Deadline en raison des mauvais résultats de l’équipe, Kwan a finalement participé à la remontada dans la Division Centrale avant de participer aux Wild Card Series.
Le prono
Entre des Tigers renforcés par l’arrivée de Valdez et des Royals aux dents longues derrière le trio Witt-Pasquantino-Caglianone, il y a peu de place pour les Guardians dans cette Division Centrale que l’on dit toujours faible en termes de bilan, mais qui sera très disputée cette année. Pour décrocher une place en Wild Card Series, il faudra accumuler beaucoup de victoires, car l’Est ne manque pas de prétendants non plus. Les 90 que je projettent aux Guardians (pour 72 défaites) ne seront peut-être pas suffisantes et j’en serai navrée pour ce joueur exceptionnel qu’est José Ramirez.
