Preview 2025 – Kansas City Royals: step back ou bis repetita?

Le crissement de la terre sous les crampons, le bruit de la batte sur une balle, les gants qui chauffent à la réception de lancers à 99mph. On peut enfin le dire, BASEBALL IS BACK. Et oui, on y est, après une longue hibernation, on va pouvoir se délecter du retour de nos héros favoris. Le Spring Training bat son plein, et c’est dès maintenant que la saison se construit pour les 30 franchises. Cohésion d’équipe, rookies qui se battent pour découvrir la MLB et vétérans qui souhaitent prouver qu’ils ont encore une place. Les 26 places de l’effectif vont être ardemment disputées. Et pour vous aider à y voir plus clair à l’orée de cette saison 2025, TSO vous propose de retrouver votre série préférée : les 30 franchises en 30 jours. Chaque jour et cela pendant 30 jours, une équipe sera décortiquée par notre rédaction afin de vous la présenter en long et en large, afin d’être fin prêt pour le début de la régulière. Aujourd’hui on se déplace dans le Missouri afin de parler de l’équipe qui a surpris tout son monde en 2024, les Kansas City Royals. Quand on passe d’une équipe à plus de 100 défaites à une équipe remportant une série de playoffs, on suscite forcément admiration mais également interrogation. Alors, dix ans après leur dernier titre, 40 après le premier, devons-nous nous préparer à voir les Royals tout en haut de l’affiche?

Si on nous avait dit au sortir de la saison 2023 que Kansas City finirait sa saison 2024 mi-octobre en ALDS face aux Yankees, et ce sans rougir (défaite 3-1 mais chaque match de la série était serré), il y a fort à parier que beaucoup d’entre nous aurions eu du mal à prendre cette prédiction au sérieux.

Et pourtant, derrière un Bobby Witt Jr exceptionnel, second du MVP derrière un Aaron Judge en mode jeu vidéo, une rotation solide et une résilience démontrée à plusieurs moments de la saison, les Royals ont su faire une grosse saison, avec plusieurs moments déterminants leur permettant de serrer les dents dans la course aux wildcards. Les fans des Royals s’en souviennent certainement, mais le 7 juin 2024, dans un match à domicile face à des Mariners décidés à gâcher la fête au Kaufman, les coéquipiers de Vinnie Pasquantino remontent un déficit de 8 runs pour s’imposer 10-9 via un walk-off de Nelson Velazquez. Des remontées folles comme ce match arrivent en MLB et dans le baseball en général. Ce phénomène n’est pas forcément un indicateur de la bonne forme et de la cohésion d’un groupe, mais pour ce groupe, ça a été la confirmation que cette saison était celle d’un retour au premier plan de l’AL Central.

Pour réussir une belle saison et se permettre de remporter une série de playoffs, les hommes de Matt Quatraro ont donc compté sur les performances incroyables de leur franchise player, Bobby Witt Jr. Auteur de saisons solides depuis son arrivée dans les majeures, le natif de Colleyville dans le Texas a passé la seconde en se posant comme un des favoris au titre de MVP. Jugez plutôt : 32 home runs, 109 points produits en .332 de moyenne à la batte, .389 d’OBP, .588 de SLG pour .977 d’OPS, tout en restant cette menace sur bases comme en attestent ses 31 bases volées. Il termine la saison avec un fWAR de 10.4, la meilleure marque d’un joueur MLB ne se nommant pas Aaron Judge!

Bobby Witt Jr dans ses oeuvres – Photo DR

Mais limiter la réussite des Royals à leur go-to-guy serait tout bonnement criminel. Dans le lineup, nous avons eu la saison surprise de Vinnie Pasquantino avec notamment 97 points produits (19 HRs et un OPS+ de 111), la belle saison de Salvador « Salvy » Perez (27 HRs, 104 RBIs et un OPS+ de 119), les saisons solides et en progrès de Michael Massey (14 HRs) et Freddy Fermin (bWAR de 3.0) ainsi que les contributions dans des domaines spécifiques de joueurs comme Maikel Garcia (37 bases volées mais une bien faible campagne au bâton). Maintenant, le lineup n’est pas la véritable raison de la grosse saison de Kansas City, en témoigne la saison offensive compliquée de l’outfield pour diverses raisons. Kyle Isbel est un champ centre spécialiste défensif, et son OPS+ de 83 était le plus faible du lineup (hors DH). MJ Melendez a certes réussi à moins se faire retirer sur prise, mais avec une ligne de stats de .206 BA/.273 OBP/.400 SLG malgré 17 HRs et 44 RBIs, il n’a pas encore pu ou su se montrer sous le jour que beaucoup d’observateurs lui espéraient à son arrivée dans les majeurs (bWAR de -0.9!). Hunter Renfroe n’a pas non plus été au mieux offensivement, en atteste son OPS+ de 92 et un bWAR de 0.0.

Non, la force de Kansas City la saison dernière, c’est sa rotation! Avec un ERA collectif de 3.55, les starters ont été difficiles à ébranler sur le monticule. Seth Lugo et son arsenal illimité se sont même hissés en seconde position du CY Young de l’Américaine (3.0 d’ERA, 3.25 FIP), derrière l’intouchable Tarik Skubal. Son jeune coéquipier Cole Ragans (3.14 d’ERA, 2.99 FIP) a lui terminé 4e de la course. Brady Singer (3.93 FIP), Michael Wacha (3.65 FIP) ou encore Michael Lorenzen – sur un faible échantillon après son arrivée en provenance des Texas Rangers – ont été au diapason. On peut également noter la saison solide d’Alec Marsh, qui a tout de même débuté 25 matchs la saison dernière pour un ERA de 4.53, un WHIP de 1.256 et un FIP de 4.33, pour compléter cette rotation élite (meilleur WAR des majeurs).

Si on étend ces performances au bullpen, les statistiques restent solides. Le pitching staff dans son ensemble est 8e en termes d’ERA sur la saison, 10e en termes de WHIP, et si l’on se concentre sur les performances individuelles, comment ne pas parler du retour de blessure positif de Kris Bubic. Le jeune lanceur, starter depuis ses débuts en 2020, a cette fois-ci fait exclusivement parti du bullpen suite à son opération Tommy John. Et c’est un retour positif avec un ERA de 2.67, un FIP de 2.95 et 39 strikeouts en 30.1 manches lancées pour le lanceur gaucher.

Malgré les statistiques plus moyennes du bullpen (4.13 ERA, 19e équipe MLB), Sam Long, Daniel Lynch IV ou encore Carlos Hernandez ont été d’autres satisfactions. Enfin, l’arrivée de Lucas Erceg en provenance des A’s lors de la dernière trade deadline, a permis aux Royals de se doter d’un veritable closer (2.88 ERA et 11 saves). Vous l’aurez compris, malgré la déception vue sur les visages et entendue dans les réactions après la défaite finale face aux Yankees, nul doute que la saison 2024 des Kansas City Royals a été une franche réussite, et le plus gros différentiel jamais observé entre une équipe 2023 à plus de 100 défaites à une équipe 2024 présente en ALDS. Mais est-ce que cette saison peut être répliquée ou même améliorée par la version 2025 des hommes de Quatraro? C’est ce que l’on va tenter d’élucider.

Sam Long, l’une des valeurs sûres du bullpen des Royals en 2024 – Photo DR

J’ai une réponse rapide pour vous: Les Kansas City Royals vont avoir une saison moins impressionnante que la dernière. Voilà, merci! Au revoir! Plus sérieusement, je voudrais tout d’abord rappeler que réussir à réitérer certaines performances individuelles n’est pas chose aisée. Si le doute de voir un Bobby Witt Jr. performer à nouveau semble peu permis, sommes-nous en mesure d’assurer un nouvel exercice satisfaisant de Vinnie Pasquantino?

Vinnie Pasquantino continuera-t-il son ascension en 2025? Photo DR

A cette question s’ajoutent les limites déjà montrées par certains éléments du lineup. Un lineup qui voit les arrivées de Jonathan India et Joey Wiemer, mais est-ce bien suffisant? Jonathan India tout d’abord, parlons-en. Il arrive dans un échange contre son ex-coéquipier de Florida, avec qui il a été champion universitaire en 2017, Brady Singer. Chaque équipe avait un besoin particulier, et si on se focus du côté des Royals, le move fait sens dans l’idée d’ajouter un solide leadoff dans le lineup. Certes, India n’a pas été incroyable depuis sa saison rookie, mais il devrait aider ses nouveaux coéquipiers dans un rôle clé, et même défensivement, avec les pépins physiques de Massey, il va pouvoir amener plus de certitudes à défaut d’une défense élite. A ses côtés, l’arrivée de Wiemer peut sembler comme un simple « dump » d’un joueur en difficulté depuis son arrivée dans les majeures côté Brewers puis Reds, mais sait-on jamais, car dans un outfield pas incroyable offensivement, il pourrait très bien avoir quelques opportunités de se relancer.

Par contre, une chose que l’on ne peut enlever au lineup, c’est la force de frappe de son trio Witt Jr-Salvy Perez-Pasquantino. Aucun lanceur n’est à l’aise à l’idée de devoir enchaîner face à ces messieurs. Ce trio n’a rien à envier à ce qui se fait de mieux chez la concurrence, encore moins en AL Central. Maintenant, c’est vrai, l’offense paraît bonne mais légère en termes de profondeur, mais au final, pour un petit marché, c’est difficile d’être agressif afin d’attirer des stars. Trader pour récupérer un bon joueur ne se fait pas sans perdre une bonne contrepartie, comme notre ami Singer. A leur niveau, les Royals ont été agressifs avec le move qui leur permet de récupérer le rookie de l’année 2021 (India), et ils vont continuer de prier pour des breakout seasons de certains membres du roster.

Salvador Perez peut se prendre à rêver d’une fin de carrière à lutter pour la postseason – Photo DR


Si on regarde plus loin et notamment dans le farm system, Kansas City est en progrès, il faut le noter, grâce notamment à son contingent de prospects receveurs, entre Blake Mitchell, Ramon Ramirez et Carter Jensen. Les Royals ont également quelques lanceurs cotés comme les récemments draftés Drew Beam, champion avec Tennessee en NCAA, et un des bras les plus sûrs du college baseball, et David Shields, le diamant brut en provenance du lycée de Mt Lebanon, Pittsburgh. Les premiers lanceurs dont on devrait entendre le nom plus rapidement sont dans le farm system depuis plus longtemps. Je pense à Ben Kudrna ou encore Noah Cameron. Mais le prospect qui aide le farm system de la seconde équipe du Missouri à augmenter son aura, c’est bien évidemment Jac Caglianone. L’ex-star de Florida, avec lesquels il a atteint deux fois de suite les College World Series, est un phénomène physique et athlétique incroyable.

Two way player, Caglianone est avant tout attendu pour sa batte, avec une puissance de frappe sans pareil. 75 home runs, 189 points produits en .355 BA/.447 OBP/.760 SLG en deux saisons pleines (lors de sa saison freshman il était blessé même s’il a eu quelques at-bat), ça vous classe une légende du NCAA D1 baseball. S’il parvient à diminuer son principal défaut, à savoir sa propension à chasser les pitchs hors zone, alors il devrait être capable de monter les échelons des mineures assez rapidement. Mais encore une fois, nous parlons d’un prospect, qui pourrait avoir besoin de temps avant de gratter des minutes dans les majeures, et la preview est pour cette saison.

Je ne vous le cache pas, la saison semble devoir se jouer sur les exploits de Witt Jr., la progression et/ou la confirmation de certains joueurs (MJ Melendez peut-il enfin être ce joueur offensif qui est attendu depuis ses débuts?), mais surtout une nouvelle grosse saison du pitching staff et tout particulièrement de sa rotation, pourtant amputée de l’un des meilleurs lanceurs de milieu de rotation de la MLB.
La rotation continuera de s’établir autour du duo Lugo-Ragans, même si l’âge pourrait commencer à avoir son effet pour le premier nommé. Michael Wacha devrait être le 3e lanceur, quand plusieurs options se trouvent sur la fin de rotation entre Lorenzen, Marsh (qui a commencé son programme plus tard pour cause de pépins), Bubic, Lynch IV voir même le revenant Kyle Wright.

Le bullpen va compter sur les joueurs qui ont performé la saison dernière comme Long, Hernandez ou encore Erceg depuis son arrivée.

Kansas City se trouve à la croisée des chemins entre une possibilité de confirmer son statut d’équipe sérieuse et candidate à la postseason, ou alors une régression, même légère, qui pourrait malgré tout leur permettre de se battre pendant un temps dans la saison pour une wildcard.

MJ Melendez… Bon la blague n’est pas vraiment drôle, la star est connue et identifiée, il s’agit bien entendu de Bobby Witt Jr. Attendu comme le messie depuis sa draft, il n’a pas déçu depuis ses débuts dans la grande ligue. Mais la saison dernière pourrait avoir marqué un tournant, le fameux tournant où un joueur passe de super joueur à superstar! Un candidat MVP, un leader, un franchise player, appelez le comme vous voulez, Bobby Witt Jr est, à pas encore 25 ans, une des stars du show. Une autre saison en 30-30 est attendue pour le texan, et surtout il aura à coeur de confirmer tout en réussissant à emmener dans son élan toute la ville de Kansas City. Il a un lieutenant de choix en Salvador Perez (MVP des World Series 2015 s’il ne fallait citer qu’une seule performance du bonhomme) et l’addition de Jonathan India pourrait très bien être une aide non négligeable.

J’ai longtemps hésité entre certains membres du pitching staff. J’ai décidé de placer mes pions sur Kris Bubic. Ce n’est pas un petit nouveau, mais on pourrait assister à sa renaissance, après une Tommy John. Il reste assez jeune, et a su montrer en quoi il reste un danger pour les batteurs adverses. Le lanceur gaucher s’est clairement appuyé en priorité sur un combo balle rapide – slider (80% de ses lancers) pour faire des dégâts, mais cette saison, avec un rôle accru, on pourrait revoir un peu plus sa change-up dans le mix. Avec un strikeout rate de 32% la saison dernière en sortant du bullpen, le californien a rassuré et pourrait être une option potentielle pour un retour dans la rotation.

Je suis peut-être un peu conservateur mais j’imagine une légère baisse en termes de victoire pour nos amis de Kansas City. Mais ils ont un haut de lineup et un pitching staff qui font peur, donc je les vois bien continuer de titiller les Guardians et les Tigers. 84 victoires pour 78 défaites. J’espère cela dit qu’ils me fassent mentir avec un Witt Jr. MVP en bonus.

Après 1985 et 2015, les Royals gagnent les World Series pour la 3e fois de leur histoire, avec Melendez en MVP de ces World Series 2025 (une fixette sur ce joueur? Qui? Moi?).


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