Preview 2025 : Seattle Mariners – La postseason, cette douce illusion

Le crissement de la terre sous les crampons, le bruit de la batte sur une balle, les gants qui chauffent à la réception de lancers à 99mph. On peut enfin le dire, BASEBALL IS BACK. Et oui, on y est, après une longue hibernation, on va pouvoir se délecter du retour de nos héros favoris. Le Spring Training bat son plein, et c’est dès maintenant que la saison se construit pour les 30 franchises. Cohésion d’équipe, rookies qui se battent pour découvrir la MLB et vétérans qui souhaitent prouver qu’ils ont encore une place. Les 26 places de l’effectif vont être ardemment disputées. Et pour vous aider à y voir plus clair à l’orée de cette saison 2025, TSO vous propose de retrouver votre série préférée : les 30 franchises en 30 jours. Chaque jour et cela pendant 30 jours, une équipe sera décortiquée par notre rédaction afin de vous la présenter en long et en large, afin d’être fin prêt pour le début de la régulière. On part aujourd’hui tout en haut à gauche sur la carte des Etats-Unis, à Seattle, où les Mariners ont un objectif clair : la qualif en postseason qui les fuit depuis deux ans.

C’était le 30 septembre 2022 et ça parait déjà si loin. D’un coup de canon, Cal Raleigh envoyait les Mariners en postseason pour la première fois depuis 2001. On imaginait alors les années noires de la franchise de Seattle terminées et que le meilleur serait à venir avec un effectif jeune et des prospects plein le Farm system. Mais il n’y a pas eu de postseason en 2023… ni en 2024. La faute notamment à un effondrement en début d’été : une avance de 10 matchs au classement AL West qui a fondu entre le 19 juin et le 19 juillet.

Des joueurs n’ont pas éclos, d’autres ont même régressé et c’est de nouveau l’inquiétude qui prime.

La rotation n’a clairement pas été le problème puisque les starting pitchers de Seattle ont tout simplement signé la meilleure ERA collective de MLB en 2024 (3.38). Ils étaient aussi leaders en manches lancées (942.2), en quality starts (92, pour un bilan de 61 victoires – 31 défaites), en moyenne de batting adverse (.211), en moyenne de présence sur bases adverse (.266), en moyenne d’OPS adverse (.644), en WHIP (1.03), en ration K/BB (4.88)… et on pourrait encore continuer longtemps… Le quintet Luis Castillo, Logan Gilbert, George Kirby, Bryce Miller et Bryan Woo a été étincelant, on vient de le voir en stats. Il a aussi été épargné par les blessures en combinant 149 des 162 starts des Mariners la saison passée (12 autres pour Emerson Hancock et 1 pour Jhonathan Diaz).

Le quintet magique des Mariners en 2024 : Woo, Castillo, Miller, Kirby, Gilbert –
Crédit Seattle Times

Si les starters ont été épargnés par les blessures en 2024, il n’en a pas été de même pour les membres du bullpen. Deux éléments clés, Matt Brash et Jackson Kowar, n’ont pas lancé de la saison après des opérations. Le nouveau venu, Gregory Santos, a manqué les trois premiers mois de compétition en raison de douleurs abdominaux. Il n’a eu le temps de faire que 8 sorties, avant de retourner à l’infirmerie en raison d’une blessure au biceps. Le closer Andres Munoz (ERA 2.12, ERA+ 173, WHIP<1.00, 77K en 59.1IP) a lancé toute la saison, ou presque… mais pas à 100%, sa fastball deux versions (deux ou quatre coutures) est dévastatrice et taquine pourtant souvent les 100mph. En raison des blessures, les rookies Troy Taylor et Collin Snider ont été plus utilisés qu’envisagés et ont été importants dans la – vaine – course à la postseason (19 manches pour l’un et 41 pour l’autre).

Pour sa troisième année dans la Ligue, Julio Rodriguez a connu – encore une fois – un premier tiers de saison compliqué au batting. Avec une slashline de .260/.310/.364, OPS .675 sur ses 109 premiers matchs. Il a en plus manqué 16 matchs en raison d’une blessure à la cheville. Mais en mode diesel, il s’est bien rattrapé grâce à l’aide apportée par un Hall of Famer légende de la franchise (et je ne parle pas d’Ichiro… voir plus loin).

Après une saison 2023 très aboutie (19HR, 35 doubles, 94 points marqués, 94 BB soit le plus grand total de AL), J.P Crawford (SS) n’a pas du tout connu la même réussite : une slashline de .202/.304/.321 avec 102 strikeouts. Il a fait deux passages sur la liste des blessés, en avril et en juillet, pour près de 60 matchs manqués au total.

Arrivé à Seattle à la Deadline en provenance de Tampa Bay, Randy Arozarena a eu du mal à s’adapter à son nouvel environnement. Il l’a reconnu lui-même, expliquant qu’il habitait aussi en Floride pendant la offseason… donc s’installer à l’autre bout (très littéralement dans la grande diagonale) des Etats-Unis a été mentalement compliqué pour lui. Même si ses stats ne sont pas si moches que ça connaissant le profil du garçon (combo puissance/vitesse ou swing dans la vide) : .231/.356/.377, OPS .733, OPS+118 (moyenne de la Ligue à 100), 5HR, 14 doubles, 23 RBIs en 54 matchs.

Cal Raleigh est le meilleur catcher de la Ligue, tant défensivement qu’offensivement puisqu’il a décroché en 2024 le Gold Glove et le Platinium Glove. C’est lui qui a disputé le plus de matchs à son poste (135), le plus de manches (1122) et retiré le plus de coureurs (26). Il avait aussi dominé cette dernière stat en 2023, 3e catcher de MLB à réaliser cette perf après Jim Sundberg (1975-76) et Gary Carter (1982-83). Au marbre côté attaque : 34HR, 16 doubles, 100RBI, 70BB, .220/.312/.436.

La très belle surprise de 2024 est venue de Luke Raley, arrivé dans un trade avec les Rays durant l’hiver. Déjà très bon à Tampa Bay pour sa première saison quasi complète – à 29 ans – il a confirmé qu’il pouvait être un titulaire impactant dans une équipe à ambitions, certes modestes, mais à ambitions quand même. 22HR, 19 doubles, 3 triples, 58RBIs et 11 bases volées, une War de 2.3 et un wRC+ de 129 (100 étant la moyenne des joueurs MLB)… le tout sur 137 matchs (son record en carrière). L’autre belle histoire de la saison à Seattle, c’était celle de Victor Robles (voir plus loin).

Rappelons aussi que l’ère Scott Servais s’est refermé à Seattle après près de neuf ans au poste de manager. Remplacé par Dan Wilson, catcher de la franchise pendant 12 de ses 14 saisons en MLB, membre du Hall of Fame de la franchise. Il a apporté sur les derniers matchs de la fraîcheur et surtout une mentalité de « un match à la fois » sans se projeter trop loin. Avec 85 victoires, les Mariners ont échoué sur le fil pour une Wild Card (86 victoires pour les Royals et les Tigers).

Dan Wilson, ancien catcher et désormais manager des Mariners – Crédit DR

C’est la première fois depuis 2015 que les Mariners débutent une saison avec un nouveau manager, Dan Wilson, qui a succédé à Scott Servais en août dernier. Malgré la déception des deux dernières saisons, le front office n’a pas sorti le chéquier. La faute à des proprios qui n’ont pas voulu dépasser le budget prévu. Il n’y avait que 15 millions de dollars de dispo pour améliorer le roster.

On pouvait s’attendre/craindre un trade parmi la rotation pour s’offrir un nouvel élément dans le roster faute de pouvoir convoiter financièrement les agents libres. Le nom de Castillo est souvent revenu à la une mais le quintet magique est toujours là. Sauf que dès ce Spring Training, la poisse a rattrapé la rotation, qui ont l’a dit avait été particulièrement épargnée par les blessures l’an dernier. On a appris début mars la blessure de George Kirby. Victime d’une inflammation à l’épaule (sans dommage structure), le lanceur de 25 ans a été mis au repos complet. Il devrait manquer – au moins – les deux premières semaines de la saison. Et devrait logiquement être remplacé dans le starting five par Hancock. Le bullpen attend les retours des blessés de longue date : Brash (autour du 1er mai ?) et Kowar (en juillet-août?). Munoz espère être débarrassé de ses douleurs au dos.

Dès le lendemain de la fin de saison régulière 2024, Crawford était déjà au travail, dans la batting cage du célèbre centre de prépa Driveline Baseball. On attend une saison rebond de sa part. Reste à savoir avec qui il partagera le middle infield. Dylan Moore? Le gold glove 2024 pour un utility player est un candidat légitime… mais ce côté utility lui va si bien. Leo Rivas ? Lui aussi à une capacité d’évoluer à plusieurs postes (excellent défenseur) et le fait qu’il soit switch-hitter lui donne encore plus de valeur pour un rôle de remplaçant de luxe. Ryan Bliss ? Il est un meilleur batteur que Rivas et est utilisé régulièrement à ce poste de 2B pendant ce Spring Training. On suivra aussi les performances en Triple A de Cole Young (21 ans, prospect #49 de MLB Pipeline, #3 de la franchise). Il pourrait être appelé en cours de saison.

Jusque-là pas grand-chose à se mettre sous la dent côté nouveauté, en voilà une : l’arrivée de Donovan Solano, 37 ans, en provenance des Padres (contrat d’un an, 3,5M$). Après le départ de Carlos Santana, il devrait être titularisé en 1e base, un poste qu’il a découvert en 2022 chez les Reds pour pallier les blessures de Joey Votto et Mike Moustakas. Il a fait 18 starts à ce poste l’an dernier à San Diego, 107 au cours de ces 11 ans de carrière. Fun fact : Solano a été le coéquipier de la légende des Mariners, Ichiro Suzuki, en 2005 sous le maillot des Marlins ! Solano peut aussi évoluer en 3B et dans ce cas, on imagine que Raley sera titularisé au premier coussin après ses belles perfs de 2024 (voir plus haut).

Ichiro et Solano, coéquipiers chez les Marlins avant de se retrouver à Seattle –
Crédit Getty Images

Jorge Polanco poursuit son aventure à Seattle après avoir signé un contrat à 7,7M$ pour un an (+ une en option mutuelle pour 2026). Il sera le titulaire indiscutable en 3B à l’Opening Day, à condition d’être parfaitement remis de son opération au genou gauche subie à l’intersaison. Une blessure l’a contrariée toute la saison dernière, le limitant à 118 matchs avec ses plus faibles stats en carrière. On l’a dit, il y a des solutions de remplacement dans l’infield s’il a besoin de souffler. Et comme pour le poste de 2B, la relève n’est pas loin avec Ben Williamson, 24 ans, choisi au 2e tour de la Draft 2023 (prospect #13 de la franchise). Défenseur élite, il pourrait lui aussi s’inviter dans le roster en cours de saison s’il progresse en attaque en Minors.

Il faudra sans doute attendre un an de plus pour les débuts MLB de Colt Emerson, prospect numéro 1 de la franchise à 19 ans (#20 en MLB). Choisi, comme Williamson, lors de la Draft 2023 mais lui au premier tour à sa sortie du lycée (élu Gatorade high school player of the year). Il était le joueur clé de Team USA lors de la World Cup U18 pendant son cursus.  

Avec J-Rod, Arozarena et Robles, les Mariners possèdent sans doute le trio d’outfielders le plus physique, spectaculaire et « goofy » de la MLB. Si leur défense est irréprochable, on attend d’eux un vrai apport offensif. Arozarena espère décrocher sa 5e saison en 20/20. Les cas J-Rod et Robles passés à la loupe juste après.

Et puis l’année 2025 des Mariners sera marquée par l’entrée du légendaire Ichiro au Hall of Fame. Cérémonie prévue le 27 juillet, devant peut-être une affluence record. L’ancien ROY/MVP de la franchise sera le premier joueur né sur le continent asiatique à entrer au Panthéon du baseball. Il était le 11e japonais à évoluer en MLB, le premier joueur de position après dix lanceurs.

Pour avoir suivi ses débuts prometteurs, sa stagnation puis ses derniers mois galère sous le maillot des Nationals, je n’aurai jamais imaginé choisir le Dominicain de bientôt 28 ans (il les aura en mai) dans cette rubrique… mais je tiens à saluer son magistrale rebond à son arrivée de l’autre côté du pays en juin dernier.

Libéré par les Nationals – avec qui il avait remporté les World Series en 2019 en tant que titulaire à seulement 22 ans, aux côtés d’un certain Juan Soto encore plus jeune – Robles s’est engagé avec Seattle dans un rôle que l’on imaginait réduit à celui de pinch runner et/ou pinch hitter contre des lanceurs gauchers. Mais la blessure de Dominic Canzone en juillet lui a ouvert une place pour retrouver le terrain, en champ droit, et même le spot de leadoff.

En 77 matchs, Robles a signé une slahline de .328/.393/.467, avec une OPS de .860, un OPS+ de 155 (moyenne de la Ligue à 100), 20 doubles, 4HR, 26RBI… bon pour une WAR de 3.2. Alors que les frappeurs des Mariners sont ceux qui ont affiché le % de strikeouts le plus élevé de la MLB en 2024 (26,8), le Dominicain a lui pointé à seulement 16,8%.

Robles a trouvé un nouveau souffle chez les Mariners – Crédit Getty Images

Des perfs associées à une folle énergie sur le terrain et dans le dugout qui ont rapidement convaincu la direction de Mariners : avec une prolongation de contrat signée dès le 12 août (9,75M$ sur deux ans + 9M$ pour 2027 avec option club).

La grande question est de savoir si Robles pourra confirmer cette saison, démontrer que son coup de chaud de l’été n’était pas éphémère. On suivra aussi son physique car il sollicite énormément son corps avec ses courses en outfield et ses vols de bases… Il a d’ailleurs fini 2024 bien carbonisé, touché au poignet, à la main, aux hanches, sans joué énormément de matchs (91 au total avec Washington et Seattle). Dans son nouveau contrat, des primes sont prévues s’il atteint les 500 ou 600 PA (apparitions au marbre) sur les saisons 2025 et 2026. Marques qu’il n’a dépassé qu’une fois dans sa carrière, la fameuse année 2019 du titre avec DC (617), sinon il n’a pas fait mieux que 407 (en 2022).

En mars 2021, alors prospect en or de la franchise, il échangeait des balles avec la légende Ichiro. En mars 2022, il venait gagner sa place dans le roster de l’Opening Day. En mars 2023, il se présentait au Spring Training dans la peau du Rookie de l’année. En mars 2024, il voulait effacer le tristement fameux « sophomore slump » qui touche pas mal de futures stars lors de leur deuxième année. En mars 2025, c’est en tant que leader affirmé qu’il s’est présenté devant les journalistes. Bien décidé à ramener son équipe en postseason et assumé son rôle de star de la Ligue à tout juste 24 ans (il les a eus en décembre).

J-Rod dans les pas d’Edgar Martinez à Seattle – Crédit Topps

Pour cela, il veut s’appuyer sur sa bonne fin de saison 2024. Il était alors remis de sa blessure à la cheville et a bénéficié des précieux conseils Edgar Martinez. Le Hall of Famer nommé hitting coach par interim après le renvoi de Jarret DeHart dans les valises de Scott Servais. Sur ses 34 derniers matchs : une slashline de .313/.364/.537, un OPS à .902 OPS, avec 9HR (de ses 20HR) et 30 RBI.

Edgar Martinez a refusé cette année de reprendre ce poste de hitting coach à plein temps (qu’il avait déjà occupé de 2015 à 2018). Mais il reste dans l’organigramme en tant que « senior director of hitting strategy », chargé de superviser le boulot des trois coachs dédiés et d’établir la philosophie générale offensive à appliquer. Ses priorités seront celles de J-Rod : privilégier la qualité du contact et utiliser tout le terrain.

Et si c’était enfin l’année pour J-Rod de succéder à Ken Griffey Jr. et Ichiro Suzuki au palmarès des MVP d’American League pour la franchise de Seattle ?

Les Astros ont perdu deux de leurs éléments de base (Tucker et Bregman), les Rangers ont des incertitudes sur leur pitching, les A’s s’habituent à un nouveau stade, les Angels… les Angels… C’est peu de dire que les Mariners ont une énorme occasion cette saison de renouer avec la postseason pour la 2e fois en 25 ans (oups). Ce serait tellement frustrant de ne pas profiter de cette domination exceptionnelle de la rotation. Et le roster est plein d’armes offensives autant que défensives.

90 victoires et 72 défaites, 1e en AL West.

Les Mariners placent deux lanceurs sur le podium du Cy Young. J-Rod est MVP unanime après une saison en 40-40.


Une réflexion sur “Preview 2025 : Seattle Mariners – La postseason, cette douce illusion

Laisser un commentaire