Preview 2025 : Chicago Cubs – Des prétendants trop timides?

Le crissement de la terre sous les crampons, le bruit de la batte sur une balle, les gants qui chauffent à la réception de lancers à 99mph. On peut enfin le dire, BASEBALL IS BACK. Et oui, on y est, après une longue hibernation, on va pouvoir se délecter du retour de nos héros favoris. Le Spring Training bat son plein, et c’est dès maintenant que la saison se construit pour les 30 franchises. Cohésion d’équipe, rookies qui se battent pour découvrir la MLB et vétérans qui souhaitent prouver qu’ils ont encore une place. Les 26 places de l’effectif vont être ardemment disputées. Et pour vous aider à y voir plus clair à l’orée de cette saison 2025, TSO vous propose de retrouver votre série préférée : les 30 franchises en 30 jours. Chaque jour et cela pendant 30 jours, une équipe sera décortiquée par notre rédaction afin de vous la présenter en long et en large, afin d’être fin prêt pour le début de la régulière. Après s’être penché sur le (triste) cas des White Sox, on part au Nord de Chicago : les Cubs ont des ambitions mais en ont-ils fait assez cet hiver pour y répondre?

Bilan : 83 victoires et 79 défaites, 3e de NL Central

Débuts très mitigés pour Counsell chez les Cubs – Crédit Getty Images

Après avoir manqué la postseason en 2023, les Cubs étaient attendus au tournant en 2024. Pour retrouver la gloire (éphémère) des dernières années, le management avait donc frappé un gros coup en débauchant Craig Counsell avec le plus gros contrat de l’histoire du coaching MLB. Mais les Brewers ont joué un bien vilain tour à leurs rivaux de Division en remportant la NL Central avec à leur tête un coach rookie de 65 ans, Pat Murphy, ancien adjoint de Counsell… et en privant, encore, les Cubs de playoffs. Les choix du néo-chicagoan ont parfois surpris, son ego n’a pas forcément plu à tous les fans, mais le coach n’est pas le seul à blâmer dans cette saison décevante.

Les cadres que sont Dansby Swanson et Nico Hoerner sont toujours au top en défense mais n’ont pas produit assez offensivement. 31% de présence sur bases avec une moyenne à .242 pour le shortstop, et seulement 48RBI pour le 2B, son plus faible total depuis qu’il est titulaire à Chicago. Révélation 2023 (26HR, OPS .821), Christopher Morel a subi un terrible contrecoup en passant sous la barre des .200 de moyenne (envoyé chez les Rays à la Deadline). Après sa belle résurrection l’année précédente, Cody Bellinger a été moins en réussite (.307/.356/.525 vs. .266/.325/.426) tout en restant quand même au-dessus de la moyenne MLB en OPS+ (111) et en provoquant 7 buts sur balles intentionnels, preuve qu’il fait toujours peur aux lanceurs adverses (envoyé aux NYY cet hiver après le recrutement de Tucker, voir plus loin).

Côté satisfaction : la première saison de Michael Busch à Chicago (en provenance des Dodgers) : 152 matchs disputés, principalement au poste de 1B. Et même si les stats offensives ne sont pas folles (.248/.335/.440), il a démontré une belle puissance (21HR) et a surtout progressé tout au long de l’année. Il génère pas mal de BB (63) donc contribue vraiment à l’attaque. Mais pour gravir encore une marche, il lui faudra réduire son nombre de strikeouts (162). Meilleure moyenne de la saison pour Seiya Suzuki (.283). Pour sa troisième saison en MLB, le Japonais a montré davantage de patience, il peut frapper fort (21HR) et dans tous les secteurs du terrain. Mais il a encore manqué une trentaine de matchs sur blessures, et n’est pas un bon défenseur. Ces deux aspects ont été traités par le coaching staff : d’abord en le replaçant en DH sur les six dernières semaines de compétition, malgré son peu d’enthousiasme. Expérience réussie et qui permet d’aborder le deuxième point : être DH dans la durée de la saison 2025 pourrait lui permettre de rester en santé, d’autant que son poste de champ droit est maintenant la propriété de Kyle Tucker (voir plus loin).

Enfin, on a du mal à classer l’année rookie de Pete Crow-Armstrong. En grande difficulté sur ses premières semaines (.180/.230/.292 en 66 matchs), il a trouvé le déclic au coeur de l’été : .289/.336/.469 à partir du 27 juillet et jusqu’en fin de saison, avec 7HR, 8 doubles, 3 triples, 35 points marqués en 57 matchs sur cette période! PCA est rapide, spectaculaire, aime les show (vive les cheveux bleus), électrise la foule… Intéressant de voir s’il repartira sur ces mêmes belles bases en 2025.

Côté pitching, comment ne pas commencer par la grosse satisfaction de 2024 : la saison rookie de Shota Imanaga! Dans l’ombre de son compatriote Yamamoto arrivé chez les Dodgers le même hiver, le petit (par la taille) lanceur japonais s’est révélé être un très grand. Ses premières semaines de compétition ont été sensationnels : 3 petits points mérités concédés en 5 starts (4 victoires) et plus de 27 manches en avril pour une ERA ridicule de 0.98! Et il a poursuivi son chantier les mois suivants au point de l’imaginer longtemps dans la course au Cy Young (il sera quand même classé 5e au final, 4e au NL Rookie of the Year!), en étant très logiquement récompensé d’une sélection All-Star. N’oublions pas non plus qu’il a commencé le match du 4 septembre face aux Pirates, pendant lequel lui et les deux pitchers qui vont le relever (Pearson et Hodge) ne vont pas concéder le moindre point : le premier no-hitter à Wrigley Field depuis 1972! Sur la saison entière, Imanaga c’est 15 victoires pour 3 défaites (29 starts), une ERA de 2.91, une WHIP de 1.02 en 173.1 IP. Il a également 174K au compteur, mais ce n’est pas son arme première, il s’appuie sur une propension à provoquer des frappes sans impact et surtout à ne pas envoyer des coureurs gratuitement sur bases : seulement 4% des batteurs qu’il a affrontés l’an denier ont obtenu un BB! A confirmer en 2025.

Justin Steele a lui confirmé ses belles sorties de 2023 même s’il s’est rapidement blessé dans la saison. Il est revenu en costaud : 24 starts, ERA 3.07, ERA+ 130. Le vétéran Jameson Taillon a surpris par ses belles sorties régulières et son physique a bien tenu (28 starts, 12-8, ERA 3.27). La déception est venu de Kyle Hendricks, mais en était-ce vraiment une car on sent que les années pèsent même si le champion 2016 n’a « que » 35 ans (12 défaites, une ERA proche des 6.00, 87K pour 130.2IP).

Dans le bullpen, la belle surprise est venu de Porter Hodge, 23 ans, appelé en mai en raison de blessures. Le costaud droitier a fait 39 apparitions MLB pour une ERA de 1.88, 52K et 19BB en 43 manches, limitant les batteurs adverses à une moyenne de .132 et un OPS de .453. Les trois piliers de l’enclos en 2023 n’ont pas été au rendez-vous : Adbert Alzolay et Julian Merryweather limités à 33 sorties en cumulé pour cause de blessures et Mark Leiter Jr. qui était sur une saison moyenne a été envoyé chez les Yankees à la Deadline.

Une 2e saison consécutive à 83 victoires, un bilan positif qui a quand même des allures d’année négative pour les Cubs. Alors après avoir sorti le chéquier pour un coach, le management se devait de sortir le chéquier pour des joueurs…

… Un management qui n’aura pas le droit à l’erreur en 2025, surtout le président des opérations baseball, Jed Hoyer, qui entre dans sa dernière année de contrat. Alors pour rassurer les fans et se rassurer lui-même, Hoyer a frappé un grand coup dès la mi-décembre en montant un trade pour l’outfielder Kyle Tucker (en échange des infielders Isaac Paredes et Cam Smith et du lanceur Hayden Wesneski envoyés à Houston). A 28 ans, Tucker est dans son prime, l’une des figures majeures et élément clé de la réussite des Astros en postseason ces dernières saisons. Une des raisons aussi pour lesquelles les Astros ont peiné en 2024, puisque l’outfielder a été limité à 78 matchs en raison d’une blessure au tibia. Une belle production (comme d’habitude) sur ce petit échantillon : .289/.408/.585, 23HR, 11SB. Une WAR à 4.7 : plus grosse WAR de l’histoire de la MLB pour un joueur à moins de 300AB (277), à égalité avec Justin Morneau (Twins, 2010). Un peu plus de Tucker un peu plus loin dans cet article.

Un nouveau venu aussi dans la rotation pour palier le départ d’Hendricks chez les Angels : Matthew Boyd, auteur d’une bonne saison avec les Guardians l’an dernier, notamment en postseason. Le vétéran, qui a aussi connu des expériences en releveur, s’appuie sur une très bonne changeup. Il devrait prendre le spot numéro 3 ou 4, en « concurrence » avec Jameson Taillon qui a encore du jus pour sa fastball mais qui a la sale habitude de concéder un paquet de HR (24,5 en moyenne sur ces 4 dernières saisons). Au spot 5, on devrait retrouver Javier Assad, mais ça pousse derrière. Le jeune Cade Horton (23 ans, prospect #2 de la franchise, #51 de MLB) est attendu dès cette saison, peut-être en septembre, peut-être avant si un spot se libère sur blessure ou pour contre-performance. Pour les deux premiers spots, pas de surprise, les deux quasi As des Cubs seront bien là pour l’Opening Day : Justin Steele et son arsenal complet (cutting fastball, slider) et Shota Imanaga qui doit confirmer les très belles choses vues sur son année rookie (voir plus haut).

Ces dernières saisons, la direction sportive a pris la mauvaise habitude de bâtir un bon bullpen non pas pendant l’hiver mais au cœur de l’été avec des trades. Il semble y avoir un peu plus de certitudes en ce début de saison. Arrivé justement à l’été 2024, Nate Pearson sera là pour faire parler sa puissance. Pendant la offseason, il a travaillé sur un nouveau mix de lancers pour être plus complet. Porter Hodge s’appuie lui sur une belle combinaison cutter-slider qui devrait lui valoir le rôle de closer permanent (9 saves l’an passé). Tyson Miller (droitier) et Luke Little (gaucher) seront aussi deux armes importantes en relève avec tous les deux une breaking ball efficace. Quant à Daniel Palencia, 25 ans, il semble avoir la plus grosse marge de progression de l’enclos et pourrait voir ses responsabilités augmenter.

Pour accompagner ce pitching crew, intéressons-nous au catching crew, emmené par le jeune Panaméen Miguel Amaya. Il est très apprécié des lanceurs vétérans comme des plus jeunes. Il était derrière le marbre lors du no-hitter collectif de 2024. Bon défenseur, il a aussi modifié sa mécanique de swing au cours de la saison dernière, avec efficacité. A noter que le Panama est en train de se faire progressivement une place en MLB avec pas moins de 8 joueurs du pays qui ont débuté dans la grande Ligue depuis 2020. Pour mentorer Amaya et apporter de l’expérience, arrivée à Chicago de Carson Kelly. Il est l’un des meilleurs bras de MLB à cette position et est particulièrement efficace au bâton contre les lanceurs gauchers, avec de la puissance (record de 18HR en 2019 avec les DBacks, 9 l’an dernier avec les Rangers et les Tigers).

Dans l’infield, on devrait retrouver Michael Busch au premier coussin (voir plus haut) et Matt Shaw au troisième (voir plus loin). Le rêve du coaching staff ? Que Shaw se développe justement comme a pu le faire Busch l’an passé. Ce poste de 3B – laissé vacant par Isaac Paredes parti dans le trade pour Tucker – est aussi convoité par deux vétérans : Justin Turner (.259/.354/.383, OPS .737 OPS, OPS+ avec les Blue Jays et les Mariners en 2024) et Jon Berti (66AB seulement avec les Yankees), deux vétérans recrutés cet hiver. Pas de nouveauté dans le duo 2B-shorstop même si Nico Hoerner et Dansby Swanson ont tous deux subi une opération pendant la offseason, respectivement pour une hernie et au bras. Ils devraient être à 100% pour débuter. Ces deux-là restent un des meilleurs duos défensifs de la Ligue (le meilleur?) mais ils doivent apporter plus en attaque.

Dans l’outfield, on a parlé de Tucker (RF) et on en reparlera plus bas. Il devrait être accompagné de Pete Crow-Armstrong au centre et Ian Happ à gauche. Pour sa saison rookie, PCA a déjà démontré toute sa palette défensive, un futur Gold Glover. Il doit faire preuve de beaucoup plus de discipline au marbre et sa deuxième partie de saison dernière est encourageante dans ce domaine. Happ c’est un métronome, la constance même, offensive et défensive. Switch-hitter, il est le parfait leadoff. Une telle triplette extérieur ne laisse pas de place à Seiya Suzuki. Le Japonais devrait retrouver, comme fin 2024, le poste de DH. On l’a dit, il n’aimait pas ça mais il s’y est fait relativement vite. Ses « prestations » défensives ne vont pas manquer et surtout si ça lui permet de rester en santé toute la saison, c’est capital pour son équipe!

On le voit, il y a des arguments assez favorables en faveur d’une bonne saison des Cubs, mais dans une division une fois de plus très incertaine, ils auraient dû marquer le coup pour ne pas laisser place au doute. Alors oui Tucker c’est bien, mais ce n’est pas suffisant quand on a de l’ambition et de l’argent! Car la franchise est archi cotée, Chicago est un gros marché (et les White Sox sont nuls donc pas attractifs), mais les proprios des Cubs sont des pinces, comparés à leurs homologues des Yankees, Mets, Dodgers, Phillies and co… du coup, ils ont vu passer sous leurs nez les gros agents libres des dernières saisons. Le plus gros contrat signé dans l’histoire des Cubs reste toujours celui de Jayson Heyward il y a une décennie. Les 184 millions de dollars de l’époque font pâle figure aujourd’hui. Même si on peut aussi arguer que les proprios des Cubs ne veulent pas rentrer dans le jeu (toxique?) de la méga surenchère des contrats Ohtani ou Soto.

13e pick de la Draft 2023, Shaw doit faire ses débuts MLB dans les prochains jours. Et on a vraiment hâte. Car ce que le garçon a montré en Minor League est très prometteur. A 23 ans, il est le 19e meilleur prospect selon MLB Pipeline, numéro 1 évidemment de la franchise. L’ancien de la fac de Maryland n’a pas perdu de temps pour se montrer en pro avec une trentaine de matchs dès 2023 suite à sa Draft puis 121 en 2024. L’an dernier, il a évolué en AA et en AAA avec de grosses grosses stats offensives : .284/.379/.488, OPS .867 OPS, 21HR, 71 RBI, 146 wRC+…. avec en plus 31 bases volées. La puissance est là, la vitesse aussi.

Aura-t-il sa chance dès l’Opening Day dans le roster ou passera-t-il par quelques matchs en Triple A ? La question reste ouverte, d’autant que deux 3B vétérans ont été recrutés cet hiver (Turner et Berti). Mais à petit prix car le poste est pour Shaw à l’avenir. Et les fans des Cubs n’ont pas été aussi excités par un prospect/pur produit maison depuis une décennie et Kris Bryant. On lui souhaite de connaître le même succès (ROY, MVP, World Series).

LA recrue hivernale de cette équipe. Tucker est sans conteste dans le Top 10 des meilleurs frappeurs de la Ligue. Sur ces quatre dernières saisons, il tourne à .280/.362/.527, avec une saison 2023 au top. 5e du classement AL MVP, il avait échoué dans sa quête du 30-30 pour un HR, avec 112RBI (#1 en AL). Il montre un combo facilité de frappe-puissance assez impressionnant, en plus de cette vitesse sur bases qui en fait une arme létale dans un lineup. Sa WAR de 4.7 en 78 matchs en 2024 est supérieure à celle du meilleur joueur de Chicago, Dansby Swanson, sur 149 matchs (4.0)! Et ses 23 HR sont pas loin derrière les 25 de Ian Happ en 153 matchs. L’apport offensif est donc indéniable.

Son hiver a été marqué par le trade et des discussions avec la direction des Cubs pour l’arbitration de cette année 2025. A seulement 16,5 millions de dollars l’année, il est sans doute le meilleur rapport qualité-prix de la Ligue. Dans la dernière année de son contrat initial signé avec les Astros, il a tout à gagner de faire une super saison pour aller chercher le pactole sur le marché des agents libres. Selon les insiders, il a envie de tester le marché et des discussions ne sont pas prévues avec le FO des Cubs pour une prolongation au cours de la saison.

90 victoires et 72 défaites, 1er en NL Central.

Shota Imanaga confirme sa saison rookie et va chercher le CY Young avec sa minuscule ERA. Kyle Tucker va chercher une saison en 40-40 pour décrocher le titre de NL MVP. Ces deux leaders ramènent très logiquement les Cubs en postseason.


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