Le crissement de la terre sous les crampons, le bruit de la batte sur une balle, les gants qui chauffent à la réception de lancers à 99mph. On peut enfin le dire, BASEBALL IS BACK. Et oui, on y est, après une longue hibernation, on va pouvoir se délecter du retour de nos héros favoris. Le Spring Training bat son plein, et c’est dès maintenant que la saison se construit pour les 30 franchises. Cohésion d’équipe, rookies qui se battent pour découvrir la MLB et vétérans qui souhaitent prouver qu’ils ont encore une place. Les 26 places de l’effectif vont être ardemment disputées. Et pour vous aider à y voir plus clair à l’orée de cette saison 2025, TSO vous propose de retrouver votre série préférée : les 30 franchises en 30 jours. Chaque jour et cela pendant 30 jours, une équipe sera décortiquée par notre rédaction afin de vous la présenter en long et en large, afin d’être fin prêt pour le début de la régulière. Arrêt du jour à Boston où les joueurs aux chaussettes rouges retrouvent des ambitions.

Retour sur 2024
Après deux saisons de transition, deux cinquièmes places d’AL East mais avec un bilan plus que respectable de 78 victoires et 84 défaites à chaque fois, les Red Sox abordaient la saison 2024 avec l’ambition de poser les bases d’un nouveau projet. Et pour ce faire, exit Chaim Bloom et bienvenue à un nouveau Chief Baseball Officer, Craig Breslow.
Et, si les Red Sox n’annonçaient pas les bases d’ambitions démesurées pour cette saison 2024, c’est un roster plutôt solide qui se présentait au T-Mobile Park pour un Opening Day réussi face aux Mariners. Parmi les arrivants, Tyler O’Neill devenait d’ailleurs ce jour-là le premier batteur de MLB à frapper un Home Run lors de cinq Opening Days consécutifs.
O’Neill, arrivé dans l’hiver, et qui partageait désormais l’outfield avec deux jeunes du cru, Jarren Durran et Ceddanne Rafaela, tandis qu’Alex Verdugo (tradé) et Adam Duvall (FA) quittaient le club, en compagnie notamment de James Paxton, Justin Turner, Corey Kluber et, quelques semaines plus tard, Chris Sale qui s’en allait revivre en Georgie avec les Braves. Côté lanceurs, ce sont notamment Lucas Giolito et Liam Hendricks qui arrivaient pour renforcer le pitching staff… un support de courte durée pour le premier, qui s’est blessé au coude à quelques jours de l’Opening Day, et n’a pas lancé une seule balle en 2024.

Du coup, Boston s’est appuyé sur des lanceurs maison en 2024, avec une vraie rotation de mangeurs d’innings menée par un très bon Tanner Houck (178.2 IP, 154 SO, 3.12 ERA, 3.5 WAR et une sélection au All Star Game), accompagné d’un trio de gros travailleurs en Kutter Crawford (183.2 IP, 175 SO, 4.36 ERA… et 34 Home Runs concédés, pire bilan d’American League) Brayan Bello (162.1 IP, 4.49 ERA) et Nick Pivetta (145.2 IP, 172 SO, 1.13 WHIP).
Une pléiade d’autres partants occasionnels complétait le travail avec plus ou moins de succès pour amener la rotation en septième place de MLB à l’ERA (3.81) et quatrième au nombre de runs mérités (355). Une belle saison donc, d’autant plus que la marge de progression semble large pour un groupe de lanceurs encore jeune.
Malheureusement, les Red Sox ont été bien trop souvent trahis par un bullpen en grande souffrance, 24e à l’ERA et qui a raté 31 de ses 71 possibilités de sauvetages, seuls les White Sox ont fait pire en 2024… et ce malgré les 27 succès en 31 tentatives du toujours solide Kenley Jansen. Encore une fois, c’est une pratique d’équipe puisque pas moins de 15 lanceurs ont raté un sauvetage en 2024. Rédhibitoire dans une division aussi relevée que l’American League East.
Car pour le reste, l’attaque avait fait le travail, tout en emmagasinant un maximum d’expérience autour d’un quatuor Duran – Rafaela – Abreu – Casas qui devrait incarner le futur des Chaussettes Rouges. Duran, en particulier, s’est offert une saison de première classe avec, excusez du peu, 48 doubles et 14 triples (premier d’AL dans les deux cas), 21 HR, 34 bases volées, un titre de MVP du All Star Game, 8.7 WAR et un top 10 au MVP d’American League. On attendait de lui qu’il s’affirme pour sa deuxième saison en tant que titulaire dans les Big Leagues, il a fait mieux, bien mieux que cela !
A ses cotés, Rafael Devers a réalisé une nouvelle saison d’All Star (139 OPS+, 28 HR et 83 RBI, .272/.354/.516) et suit son petit bonhomme de chemin vers Cooperstown, tandis que Tyler O’Neill a fait parler sa puissance avec 31 longues balles, et que le reste du roster a fait le boulot offensivement (6 joueurs avec un OPS supérieur à .750 et plus de 100 matchs joués) comme défensivement (Gold Glove pour Wyler Abreu, 2.5 dWAR pour Duran et 1.9 pour Raffaela).
Là encore, ce qui frappe dans ce roster des Red Sox est l’homogénéité des performances, derrière les leaders naturels que sont Devers et Duran. Pas de véritable faillite de la part des joueurs de tous les jours, au pire quelques déceptions comme Vaughn Grissom, Bobby Dalbec, Emmanuel Valdez ou Dominic Smith que l’on aurait voulu imaginer comme de solides joueurs de banc et qui n’ont jamais vraiment marqué la saison.
Bref, une saison solide, une saison pas folle, une saison qui se termine sur un bilan équilibré de 81 victoires et autant de défaites… Quelques regrets peut-être, puisque la Wild Card décrochée par les Detroit Tigers n’était pas loin, mais ce n’était pas encore le moment. C’est bien l’année 2025 que les Red Sox ont coché sur leur calendrier, et cette fois ils y ont mis les moyens.
A quoi s’attendre pour 2025
Oui, l’AL East est une division terriblement relevée, mais cela ne fait plus peur aux Red Sox qui ont enfin décidé de sortir le carnet de chèque cet hiver, avec trois recrutements – et deux retours – qui pourraient changer la donne en 2025.
Pour les retours, on attend Lucas Giolito, qui a logiquement levé son option joueur et revient cette semaine pour ses débuts dans le Spring Training. Alex Cora a d’ores et déjà annoncé sa présence dans la rotation, et l’espère à son meilleur niveau (3 fois classé au Cy Young de 2019 à 2021). Et on attend également Trevor Story, qui a pu suivre une préparation complète après avoir participé aux derniers matchs de la saison 2024.
Story s’installera naturellement au poste de Shortstop d’un line-up redoutable et quasi-inchangé par rapport à la saison dernière avec Connor Wong derrière le marbre, Jarren Duran, Wilyer Abreu (qui ne sera pas prêt pour le début de saison) et Ceddanne Rafaela dans l’outfield, Yoshida en DH principal. Et dans l’infield, les Red Sox aligneront Rafael Devers, Triston Casas, Trevor Story donc… et Alex Bregman, recrue star de l’hiver bostonien (lire plus loin), qui a signé un contrat de 3 ans et 120 millions de dollars en janvier dernier, après un long hiver de négociations et de rebondissements.
Quelques semaines plus tôt, au mois de décembre, c’est deux énormes renforts (en plus de Giolito) qui avaient fait leur arrivée dans le Massachusetts : Garrett Crochet, tout d’abord, échangé avec les White Sox contre une flopée de prospects (Kyle Teel #32 selon la MLB, Braden Montgomery #54, Chase Meidroth et Wikelman González). Crochet sort d’une saison très solide au cœur de la débâcle des chaussettes blanches (4.1 WAR, 3.58 ERA et 2.69 FIP, 12.9 SO/9 et une sélection au All Star Game) et va chercher à confirmer dans un environnement plus propice à la performance. Le second est Walker Buehler, rien que ça, qui a signé pour un an et 21m$ après une saison 2024 moyenne et gâchée par les blessures (5.38 ERA, -1.3 WAR, 75.1 IP) mais couronnée par une fin de postseason en apothéose avec les Dodgers. On reparlera de lui un peu plus loin.
Alex Cora pourra donc compter sur une rotation plus que compétitive, même avec les blessures a priori sans trop de gravité de Brayan Bello et Kutter Crawford, qui devraient débuter la saison sur l’IL, et de Patrick Sandoval, lui aussi recruté cet hiver, et qui ne devrait pas revenir avant la mi-saison. On devrait donc débuter la saison avec Houck, Giolito, Buehler, Crochet et Quinn Priester en attendant les retours de Bello et Crawford. Une jolie upgrade.
Côté bullpen, exit Kenley Jansen et Lucas Sims, et on dit bienvenue à deux autres vétérans que sont Justin Wilson et surtout Aroldis Chapman, vieillissant et toujours puissant. Il devrait assurer les fins de matchs en compagnie de Liam Hendricks, avec un support assuré par Garrett Whitlock, Justin Slaten, Greg Weissert et Wilson notamment, ainsi que Priester au retour des blessés. Pas pire, mais cet enclos de releveurs pourrait encore être une faiblesse pour les Red Sox, en comparaison avec les autres facettes du roster. Un chantier pour la première moitié de saison, et dont l’issue pourrait décider de la capacité des Red Sox à se battre ou non pour le titre de division.
Le joueur à suivre : Walker Buehler
Après des débuts plus que réussis dans les Ligues majeures et une première bague de vainqueur des World Series lors de la saison 2020 écourtée, Walker Buehler semblait prêt à dominer la MLB. Deux fois All Star, deux fois classé au Cy Young, il semblait destiné à une carrière majuscule avant un immense coup d’arrêt en 2022, une douleur récurrente au coude, et un passage par la case Tommy John.
Absent de la saison 2023, il est revenu en mai 2024 et, après deux ans sans lancer, a connu un retour aux affaires plutôt compliqué. Entre méforme, une nouvelle blessure sans gravité à la hanche, et ajustements biomécaniques, Buehler a travaillé dur tout l’été, tout en tenant une place dans la rotation, en l’absence de nombreux lanceurs partants dans le roster californien.
Bref, une saison à oublier… ou presque. Avec -1.3 WAR, un ERA de 5.38 (5.54 FIP) et une moyenne adverse de .289, Buehler était méconnaissable et franchement déprimant jusqu’aux Division Series et une sortie calamiteuse face aux Padres (6ER en 5 manches, pour une défaite 6-5 des Dodgers lors du match 3). Et puis, la magie de New York a frappé.
Pour ses trois dernières matchs de la saison, à Citi Field puis par deux fois au Yankee Stadium, Buehler s’offrait deux départs courts mais idéaux avec 9 manches lancées (4 puis 5) et aucun point encaissé. Mieux, il s’offrait le plus grand moment de sa carrière professionnelle en offrant la victoire aux siens sur un save parfaitement exécuté lors du cinquième et dernier match des World Series, dans le Bronx.
Bourreau des Yankees, le voilà désormais sous la tunique du rival éternel, rempli d’une confiance nouvelle, et prêt à reprendre sa carrière là où il l’avait laissée au printemps 2022. Et pourquoi pas pour mener la rotation des Red Sox vers de nouveaux sommets.
La star : Alex Bregman
J’aurais pu choisir le Franchise Player Rafael Devers ou l’étoile montante Jarren Duran, mais le recrutement d’Alex Bregman est tellement symbolique des nouvelles ambitions des Red Sox pour la saison 2025, que je me devais de parler de l’ancienne star des Astros.
All Star, Gold Glover, Silver Slugger, deux fois vainqueurs des World Series, vice-MVP d’American League en 2019, battu de peu par Mike Trout, Alex Bregman a tout connu avec les Astros, le meilleur et le pire, et vient partager son immense expérience avec le jeune roster des Red Sox.

Bregman, qui a accepté de s’installer au second but pour laisser à Devers un hot-corner qu’il a occupé pendant neuf années avec les Astros, apporte un leadership reconnu de tous, une défense toujours solide à défaut d’être spectaculaire, et une batte qui tourne a 27% de moyenne, 28 HR et 97 RBI par 162 matchs depuis qu’il s’est installé dans le lineup des Astros en 2016.
Avec 40 WAR déjà en carrière, et a l’aube d’un nouveau projet qui s’annonce glorieux pour les Boston Red Sox, Alex Bregman est le capitaine de route idéal pour amener Boston vers ses rêves, et s’il ne pourra disputer à Devers le rôle de visage de la franchise, il pourrait vite en devenir l’un de ses talismans.
Le prono
Si les Yankees semblent au-dessus encore cette saison, au moins sur le papier, tout est ouvert pour la deuxième place entre des Orioles à la recherche d’un second souffle, des Blue Jays en suspens et des Rays toujours imprévisibles. Les Red Sox semblent bien places pour disputer une Wild Card, et pourquoi pas profiter d’une éventuelle baisse de tension des Yankees.

Mais même si ce n’est pas pour cette saison, le retour en postseason de Boston ne devrait plus tarder, surtout que les renforts sont en route : Boston a le meilleur farm system de MLB selon Baseball America (le 3e selon la MLB) et toute une équipe de top prospects est aux portes du roster majeur (Mayer, Anthony et Campbell notamment, sont tous dans le Top 12 de la MLB, et tous attendus en 2025).
Prono : 92-70, 2e d’AL East, Wild Card
Le pari WTF
Les Red Sox décident d’y aller franco et de lancer leurs trois top prospects dans le bain dès l’ouverture de la saison. Mayer remplace Story, encore blessé, Campbell prend la place de Refsnyder au champ droit et pousse Abreu vers la sortie avant qu’il ne puisse revenir de blessure, et Roman Anthony vire Yoshida pour s’installer au poste de frappeur désigné. Les trois gamins ne respectent rien, mettent l’American League sens-dessus-dessous, et réalisent un triplé historique pour le Rookie of the Year.

Une réflexion sur “Preview 2025 : Boston Red Sox – Les Grandes espérances”