
Le crissement de la terre sous les crampons, le bruit de la batte sur une balle, les gants qui chauffent à la réception de lancers à 99mph. On peut enfin le dire, BASEBALL IS BACK. Et oui, on y est, après une longue hibernation, on va pouvoir se délecter du retour de nos héros favoris. Le Spring Training bat son plein, et c’est dès maintenant que la saison se construit pour les 30 franchises. Cohésion d’équipe, rookies qui se battent pour découvrir la MLB et vétérans qui souhaitent prouver qu’ils ont encore une place. Les 26 places de l’effectif vont être ardemment disputées. Et pour vous aider à y voir plus clair à l’orée de cette saison 2025, TSO vous propose de retrouver votre série préférée : les 30 franchises en 30 jours. Chaque jour et cela pendant 30 jours, une équipe sera décortiquée par notre rédaction afin de vous la présenter en long et en large, afin d’être fin prêt pour le début de la régulière. Aujourd’hui, rendez-vous chez les Pirates qui sont à un tournant de leur histoire en entrant dans l’ère Paul Skenes. Mais la franchise de Pittsburgh est-elle prête à offrir à sa nouvelle superstar une équipe à la mesure de son talent ?
Retour sur 2024
C’est une habitude chez les Pirates ces dernières années. Un début de saison prometteur jusqu’à la Trade Line, ou l’on commençait à se dire que, sur un malentendu, Pittsburgh pourrait peut-être venir se mêler à la course pour la Wild Card (55-52). Et puis plus rien… 21 victoires pour 34 défaites en août et septembre, une cinquième place en NL Central (76-86), merci, à l’année prochaine.
Pour autant, tout n’est pas à jeter pour ces Pirates en nets progrès, et qui ont surtout pu assister à l’éclosion d’une véritable superstar, celui que l’on voit déjà comme l’As de la Franchise et peut-être même le visage de la MLB pour la prochaine décennie (et plus encore), Paul Skenes. Et autant dire que le rookie californien n’a pas déçu avec une ERA de 1.96 et 5.9 de WAR en 23 starts (133 IP, 170 SO). Des chiffes deGromesques, tout simplement, mais on reviendra plus tard sur son cas, vous vous en doutez bien.
Autour de lui, le reste de la rotation a été plutôt solide: Luis Ortiz, très bon en starter comme en releveur, termine la saison avec 135.2 manches lancées et un ERA de 3.32 tandis que Mitch Keller (178.0 IP, 4.25 ERA, 166 SO), Jared Jones (4.14, 121.2, 132 SO) et Bailey Falter (142.1 IP, 4.43 ERA) ont alterné le moyen et le très bon pour amener la rotation des Pirates en 6e place de National League (15e de MLB) en termes d’ERA (3.95)… à l’inverse d’un bullpen en souffrance, et qui a fini 27e de ce même classement avec une note de 4.49.
Avec David Bednar, deux fois All-Star sortant, et un Aroldis Chapman revigoré, les Pirates avaient pourtant deux bras de haute réputation pour terminer les matchs. Oui mais voilà, Bednar a coincé et termine la saison avec un ERA de 5.77 (lui qui affichait 2.25 de moyenne sur ses trois premières saisons à Pittsburgh), tandis qu’Aroldis Chapman n’est simplement plus le lance-flammes qu’il était il y a quelques années, terminant tout de même la saison avec une moyenne adverse inférieure à .200, 61 manches lancées et 14 sauvetages (sur 19 opportunités). Derrière il y a du bon (Dennis Santana, 44.1 IP, 0.92 WHIP, 0.192 AVG ; Colin Holderman, 3.16 ERA et 56 SO en 51.1 manches) et du moins bon (Josh Fleming, Ryder Ryan, Quinn Priester ou encore Roansy Contreras).
Mais le plus gros souci des Pirates, vous l’aurez compris, n’est pas sur la butte. Si le pitching staff, dans son ensemble, a terminé l’exercice 2024 avec le 20e ERA collectif, il faut creuser plus profond pour trouver l’attaque des Bucs : 27e OPS, 24e en Runs marqués, 4e aux Strike Outs subis, les Pirates n’ont simplement pas été au niveau d’une équipe qui rêve de Wild Card. Ni offensivement, ni défensivement (-7 DRS, 23e de MLB). Bryan Reynolds (.275, 24 HR, 57BB et 156 SO) et Oneil Cruz (.259, 21 HR, 51 BB et 181 SO) comme leaders offensifs ce n’est déjà pas la garantie du grand soir, mais quand en plus cela n’assure pas derrière.
C’est simple, à part la satisfaction Joey Bart (80 matchs, .265 AVG, 2.2 WAR, 120 OPS+) et le duo Reynolds-Cruz, seuls deux autres joueurs ont obtenu un OPS+ supérieur à 100 (la moyenne des joueurs MLB) : le jeune receveur Jason Delay (19 passages au bâton, 104) et le vétéran Andrew McCutchen (105 avec 20 HR malgré une moyenne de .232). Il faut descendre dans les 90 pour trouver Rowdy Tellez et Connor Joe, pourtant titulaires indiscutables, et plus loin encore pour les Jared Triolo (125 matchs,.216 AVG, 118 SO, 71 OPS+), Jack Suwinsky (88 matchs, -1.7 WAR, 63 OPS+), Isiah Kiner-Falefa (63), Ke’Bryan Hayes (61) ou encore Michael A. Taylor (.193, 23BB pour 105 SO).
Autant de joueurs établis dans un tel état de sous-performance appelait forcement une réponse forte. Alors qu’ont fait les Pirates pour renforcer le line-up en 2025 ?
Qu’attendre pour 2025
A peu de choses près, rien. Tellez et Taylor sont partis, Tommy Pham est arrivé pour une saison et prendra la place dans l’Outfield de Suwinsky, reparti travailler ses gammes en AAA, mais le line-up reste plus ou moins inchangé avec de la qualité défensive, certes, mais un manque criant de puissance de feu. La possible intronisation de Darick Hall au poste de 1B et l’arrivée d’Adam Frazier comme joueur utilitaire ne sont pas non plus exactement des signes d’ambitions offensives. Les Pirates n’ont pour ainsi dire rien changé en espérant un résultat différent en fin de saison.
Peu de changement également du côté des lanceurs, avec tout de même un recrutement intéressant : le solide et expérimenté Andrew Heaney vient remplacer Luis Ortiz pour ancrer une rotation aussi jeune que talentueuse, et qui comptera donc toujours sur Skenes, Jones, Falter et Keller la saison prochaine.

Le bullpen, enfin, a enregistré les départs de Chapman et Contreras et sera mené une nouvelle fois par le closer David Bednar, qui espère rebondir rapidement après son 2024 cauchemardesque. Il sera de nouveau assisté de Dennis Santana et Colin Holderman notamment, tandis que les arrivées de Caleb Ferguson (Astros), Tim Lawrence (Rockies) et Tim Mayza (Yankees) apporteront des options supplémentaires à Derek Shelton une fois ses partants en fin de piste.
Bref, et vous l’aurez compris, ces Pirates ne sont pas mauvais, avec une rotation qui tient véritablement la route et un bullpen qui devrait retrouver du poil de la bête en 2024… mais il manque quelque chose, un peu de folie, une batte qui mette le feu au lineup et réveille cette offense endormie. Elle ne viendra probablement pas du Farm System, qui a encore bien du travail à faire en termes de maturation de ses meilleurs prospects. Alors pourquoi pas un trade pour donner un peu de peps à ces Pirates ?
Faute de quoi, 2025 semble bel et bien destinée à être une saison de transition, qui ne vaudra – presque – que pour les sorties de Paul Skenes.
Le joueur à suivre : Ke’Bryan Hayes
On l’a dit quelques fois au cours de cet article, les Pirates ont besoin de leaders dans le line-up. Et faute d’apports extérieurs (pour le moment au moins), ces leaders vont devoir s’affirmer parmi les titulaires existants. On l’a dit aussi, Reynolds et Cruz ont fait le taf l’an dernier et sont une présence solide, tout comme Joey Bart et le vétéran McCutchen. Tommy Pham, on le connait bien, devrait lui aussi apporter un bâton fiable mais sans véritable folie.
C’est dans le bas du lineup que l’on ira donc chercher ces étincelles, et il y a quelques profils potentiels : le jeune Nick Gonzales, qui est désormais le premier choix au poste de second base, et toute une troupe de Gold Glovers qui ont désespérément besoin de retrouver une sorte d’énergie à la frappe. On parle d’ici d’Isiah Kiner-Falefa, de Jared Triolo et, bien entendu de Ke’Bryan Hayes.

Défenseur d’exception en troisième base, le texan avait montré de belles capacités de contact et de course lors de ses premières saisons dans les Majors, avec notamment des débuts remarqués lors de la saison 2020 tronquée (.376 sur 24 matchs). Malheureusement, il n’a jamais confirmé ces débuts séduisants, chassant beaucoup trop la balle, à la recherche d’une puissance qu’il n’a pas (99 BB pour 301 SO entre 2022 et 2024), avant de connaitre une saison 2024 calamiteuse (.233/.283/.290) tronquée par une sale blessure au dos.
Revenu en forme, selon ces dires, en ce début de Spring Training, KBH va devoir revenir aux fondamentaux, frapper la balle sans chercher les tribunes et monter sur bases, utiliser sa vitesse à bon escient, défendre comme il sait le faire et recommencer. Les Pirates ont désespérément besoin d’une batte performante pour les mettre sur de bons rails, et un Hayes avec l’œil de nouveau acéré serait le leadoff idéal pour apporter ce petit plus au début de l’ordre de batte.
La star : Paul Skenes
On l’attendait, et il n’a pas déçu. Tout juste un an après avoir été choisi en première position de la draft 2023, Paul Skenes a immédiatement éclaboussé la MLB de sa classe, celle des futurs très grands. Une sortie un peu moyenne pour se mettre au niveau des Majors, et puis le début du Show, dès son deuxième match avec 6 manches blanches et 11 Strike Outs face aux Cubs. 23 matchs et 11 victoires plus tard, il en termine de sa première saison avec, excusez du peu, 1 trophée de Rookie of the Year, une troisième place au Cy Young, une participation au All Star Game, un Top 20 au MVP et une ligne de stats terrifiante : 1.96 ERA, 2.44 FIP, 170 SO en 131 manches, 0.947 WHIP, 11.5 SO/9 contre seulement 2.2 BB/9 (Un ratio SO/BB de 5.31).
Son WAR de 5.9 et un ERA+ de 214 parlent d’eux même, et dire qu’il n’a commencé sa saison qu’à la mi-mai… Rassurez-vous, Paul Skenes sera bien là dès l’ouverture de la saison 2025, et probablement en position de Starter pour l’Opening Day… et il a quelques surprises en stock, notamment un tout nouveau Cutter qu’il a travaillé pendant l’intersaison, et qui devrait encore compliquer la tâche des batteurs qui se présenteront à lui.
Évidemment, beaucoup de choses peuvent arriver, entre méformes et blessures que l’on ne souhaite pas à la nouvelle superstar des Pirates, mais Paul Skenes est d’ores et déjà le grand favori pour le titre de Cy Young de National League, avec le potentiel pour être, sans exagération, l’un des plus grands lanceurs de l’histoire du baseball . L’ère Paul Skenes a débuté, et les Pirates feraient bien de lui offrir un effectif à la mesure de son énorme talent !
Le prono
Les Pirates ont toutes les armes pour faire une saison correcte, mais ils ne semblent pas à ce jour avoir celles pour passer un palier, particulièrement dans une National League ou les Wild Cards semblent promises a la NL East, et dans une NL Central de plus en plus compétitive, avec des Brewers toujours performants et des Cubs de plus en plus ambitieux.
L’heure de montrer les crocs arrive vite, sous peine de gâcher ce qui pourrait être une génération exceptionnelle de pitchers avec Skenes, Jones et bientôt Bubba Chandler (prospect #15 de la MLB) en têtes d’affiche, mais Ben Cherington et le Front Office des Pirates ne semblent pas encore prêts à passer ce pas. Attendons-nous donc encore à une saison de construction lente, sans véritable relief, pour parfaire les contours de ce que seront les Pirates de 2026 et après, les grands travaux ne devraient plus tarder… on l’espère au moins.
Prono : 4e de NL Central, 80-82
Le pari fou
MVP, Cy Young, MVP du All Star Game, Triple Couronne… Paul Skenes gagne tout ce qu’il y a à gagner individuellement… Mais le front office lui interdit de devenir DH comme Ohtani pour faire rentrer les Runs, et du coup les Pirates restent aux portes de la Postseason.


Une réflexion sur “Preview 2015 : Pittsburgh Pirates – Un As et beaucoup de questions”